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[Gabon] Transport urbain : le casse-tête chinois des chauffeurs de taxis de la ville de Port-Gentil.

Entre le taux très élevé des taxes relatives à l’exercice de leur activité, les tracasseries policières sous forme de contrôles routiers intempestifs, et l’inertie d’un syndicat divisé qu’ils soupçonnent de corruption, les chauffeurs de taxi de Port-Gentil, capitale économique du Gabon, ne savent plus où donner de la tête. Et avec en sus les effets pervers de la pandémie liée au virus Covid-19, l’activité connait de lourdes pertes en rentabilité. Plusieurs acteurs du secteur se retrouvent à bout de souffle. Et la grève entamée il y a de cela quelques semaines ne semble pas changer quoi que ce soit à la donne : le problème demeure un véritable nœud gordien.

Le métier de chauffeur de taxi est tout, sauf une sinécure au Gabon. C’est un secteur dans lequel beaucoup de personnes se lancent en investissant une grande partie de leur temps, de leur argent et, parfois même, au détriment de leur vie de famille.Mais bien peu parviennent à en tirer des bénéfices qui compensent tous les efforts consentis Enlever qu’ils y consacrent. Aux taxes trop élevées pour être autorisé à exercer le métier, s’ajoutent le racket auquel ils sont soumis de la part des gendarmes et des policiers. Et la raréfaction de la clientèle due à la pandémie du virus Covid-19 a achevé de précipiter ce secteur d’activités dans une précarité sans précédent. Le 13 juillet 2020 dernier, ils ont observé une journée de grève.

Les raisons de la colère : le racket exercé par les forces de sécurité.

Dans la commune de Port-Gentil, cet état de fait a atteint des proportions intolérables. Depuis le début de la crise sanitaire en effet, les mesures barrières obligent les transporteurs ayant des véhicules de 5 places de n’admettre à leur bord qu’un nombre maximum de 3 passagers, au lieu de 4 comme avant la crise. Les chauffeurs de taxi se plaignent de ce qu’ils ne parviennent plus à réaliser leurs chiffres d’affaire journalier. La réduction du nombre de passagers admissibles à bord est certainement pour beaucoup dans cette baisse. Cependant, à en croire les chauffeurs de taxis, ce n’est là qu’une partie du problème. Tous disent être soumis à l’obligation de payer une sorte de « droit de passage » à chaque poste de contrôle érigé par la police ou la gendarmerie. Et le problème, c’est que l’un ou l’autre desdits corps habillés installe un poste de contrôle à chaque carrefour de la capitale économique du Gabon. Et peu importe si les papiers du véhicule sont en règle ou pas, il faut à chaque rotation « saluer le képi du chef », selon l’expression consacrée, à hauteur de 500, 1000 ou 2000 francs cfa, voire bien plus…

« Le plus intolérable c’est leur impunité ».

Les transporteurs urbains ne sont pas à leurs premières plaintes au sujet du racket des forces de l’ordre. Le phénomène est même devenu endémique au Gabon où même les militaires, la police judiciaire, la garde républicaine, tous les corps habillés sont régulièrement vus en flagrant délit de racket. Mais jamais les dénonciations n’ont donné lieu à des enquêtes, ni même à des rappels à l’ordre de la part de leur hiérarchie. « Ce qui est encore plus intolérable dans cette situation, a regretté un des leaders du syndicat des transporteurs, c’est le fait qu’il le font au vu et au su de tout le monde sans pour autant être inquiétés ».

Un syndicat presque impuissant.

À la tête du syndicat des transporteurs de l’Ogooué maritime (Satom) depuis près de dix ans, les conducteurs de taxi affirment que l’élection du coordonnateur provincial ferait l’objet de contestations. D’aucuns soupçonnent ce dernier de corruption, d’où la lourdeur du syndicat à prendre en main de manière efficace les problèmes de ses adhérents. Une autre source affirme que monsieur Tomo, chef du bureau dudit syndicat, est très régulier au commissariat central de Port-Gentil ces derniers temps. Mais les raisons de ces visites récurrentes seraient méconnues.

Les étrangers, majoritaires dans la profession, subissaient le racket en silence.

 Le transport urbain dans le pays était majoritairement exercé par des ressortissants étrangers. Ce qui a permis que le racket des forces de l’ordre se déroulait habituellement sans trop de vagues. Avoir des soucis avec les policiers ou les gendarmes quand on est expatrié n’étant pas sans risques, la meilleure solution a toujours été de payer sans discuter.

Mais ce secteur d’activités a plus ou moins vu l’implication des nationaux lors de la chute du baril de pétrole. Plusieurs Gabonais ont en effet réalisé qu’il était dans leur intérêt de s’orienter vers d’autres secteurs d’activités, notamment après la déclaration d’Ali Bongo invitant les nationaux détenteurs d’un permis B à s’intéresser à cette profession. Malheureusement, les policiers et autres agents des forces de l’ordre, n’ont pas pris en compte cette recommandation du président de la république. Ils ont continué leurs opérations de racket sans inclure cette nouvelle donne.

De la mauvaise foi chez les forces de l’ordre ?

La question des contrôles intempestifs qui fait aujourd’hui l’objet de grogne chez les chauffeurs de taxis est un sujet qui ne date pas d’hier. Cette pratique est répandue à travers le pays. Pourtant, Port-Gentil est une petite ville, avec un peu moins de 136 462 habitants, sur une superficie de 4950 Hectares. Il est donc difficile d’expliquer la raison du déploiement de tant d’agents des forces de l’ordre sur le terrain.

Interrogé sur la question, un officier de police affirme que ces chauffeurs de taxis n’ont « aucune preuve matérielle de ce qu’ils avancent pour ce qui est du racket ». Pourtant, il y a quelques mois, une vidéo avait circulé sur les réseaux sociaux, montrant des policiers en train de se partager leur butin à la fin de la journée. Bien que clairement identifiables sur la vidéo, ces derniers (deux hommes et une femme) n’ont fait l’objet d’aucune réprimande. Une manière plutôt ironique de nier les faits qui leurs sont reproché. On a plutôt assisté à des menaces et à des actions punitives sur les personnes qui se servaient de leurs téléphones pour prendre les policiers ou les gendarmes en flagrant délit de racket.

Des frais exorbitants pour exercer le métier de chauffeur de taxi.

Le transport urbain, selon ceux qui travaillent dans ce secteur, est « un métier qui nourrissait son homme dans le temps ». Mais celui-ci se trouve au centre d’une crise profonde depuis plusieurs années.  Pour obtenir toutes les autorisations nécessaires à l’exercice du métier, il faut débourser au minimum une somme de 892 000 francs cfa. Les frais pour la vignette, à eux seuls, s’élèvent à 80.000 francs cfa et il faut y adjoindre 12 000 francs cfa de frais supplémentaires pour la poubelle. L’agrément, lui, coûte pas moins de 115 000 francs cfa et peut doubler en fonction de la nationalité. Il faut ensuite s’acquitter d’une patente de 85 000 francs cfa en plus de frais d’assurance s’élevant à 400 000 francs cfa. Comme si tout cela ne suffisait pas, s’ajoutent encore les impôts pour une somme de 110 000 francs cfa par an et 25 000 de plus pour la visite technique tous les quatre mois. Ce compte n’inclue pas les accessoires du véhicule (extincteur, triangle, cale) dont le pack coûte 40 000 francs, ni la boite à pharmacie pour 25 000 cfa. Et il faut encore compter avec l’état désastreux des voies de circulation qui oblige à des réparations régulières.

Les propriétaires des véhiculent ne veulent rien entendre.

Pour un véhicule de quatre places hormis celle du chauffeur, un taux forfaitaire de recette journalière est fixé à chaque chauffeur de taxi. Et ce taux, estimé entre 10 000 et 15 000 francs cfa par jour, doit invariablement être reversé chaque soir. À titre de rappel, la plupart des chauffeurs ne sont pas propriétaires des véhicules. Sieur Gaspard, chauffeur de taxi de nationalité béninoise déclare : « huit chauffeurs de taxis sur une dizaine, travaillent pour des particuliers, et les propriétaires des véhicules ne tiennent pas compte de toutes les difficultés que nous rencontrons ». Il ajoute : « nous devons juste verser les recettes journalières et nous avons en plus la responsabilité de l’entretien des véhicules, le plein de carburant et nos propres salaires ». Une équation pour le moins difficile quand on y ajoute le racket des forces de sécurité.

Les autorités municipales à la rescousse des transporteurs urbains

Informé de la situation, Gabriel Tchango, édile de Port-Gentil, a reçu, dans une concertation conjointe, les représentants des transporteurs urbains et les deux chefs provinciaux de la gendarmerie et de la police. Selon toute vraisemblance, un compromis aurait été trouvé, le maire ayant assuré les chauffeurs de taxis de son implication personnelle dans ce problème. Son désir étant de maintenir le calme dans sa ville, il a insisté pour que les uns et les autres travaillent à un retour rapide à la normale.

Journaliste spécialiste des questions sociales en Afrique Centrale.

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