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[Mali] Mme Coulibaly Ramata Maïga : « Le Mali est un grand corps malade. Il faut laisser aux Maliens le temps de le soigner »

Très active en France et en Europe dans l’organisation de la mobilisation des Maliens de la diaspora pendant les mouvements de contestations populaires qui demandaient le départ d’Ibrahim Boubacar Keïta, Madame Coulibaly Ramata Maïga, représentante France-Europe du Mouvement du 5 juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP), analyse avec nous la situation du Mali après l’intervention militaire du Conseil National pour le Salut du Peuple. Et elle nous livre son sentiment sur la mise en place de la transition au Mali. Entretien…

Madame Coulibaly Ramata Maïga, le M5-RFP que vous représentez en France et en Europe voulait le départ d’Ibrahim Boubacar Keïta, c’est chose faite. Comment votre mouvement a accueilli l’intervention militaire qui a permis la réalisation de cette exigence du peuple malien ?

Merci, Lifeafrica pour cette occasion que vous me donnez de m’exprimer une fois de plus à travers votre média. Pour répondre à votre question, je vous avoue que c’était avec un sentiment plutôt mitigé. Au sein du M5-RFP, même si on se disait que compte tenu de la situation de blocage qui prenait corps, il se pourrait que les militaires interviennent, mais nous ne pensions pas que cela se ferait de sitôt. Personne ne s’attendait à ce qui s’est passé. Et si nous n’avions pas trouvé le fait désagréable, nous avons toutefois été surpris, non seulement par la rapidité de cette intervention, mais également par la manière dont se sont déroulés les faits.  

Cela voudrait-il dire que les militaires maliens ont coupé l’herbe sous le pied du mouvement ? Peut-on affirmer comme certains le pensent aujourd’hui que le peuple a été mis hors-jeu ?

Il faut savoir que nous en étions à un stade de la révolution malienne où nous travaillions à l’amplification de la désobéissance civile. Nous avons tablé les choses, du point de vue de la cessation de toutes activité administrative dans le pays sur une semaine dans un premier temps. Le but visé était d’arriver à assécher les ressources de l’État de sorte qu’Ibrahim Boubacar Keïta se sente contraint de démissionner. C’est cette phase de la contestation populaire impulsée par le M5-RFP qui a été écourtée par les militaires. Quelque part, on peut répondre à votre question par l’affirmative. On est bien obligé de constater aujourd’hui qu’ils ont en quelque sorte coupé l’élan de la révolution. 

Le projet de départ était que le peuple parvienne à mettre une pression suffisante sur l’exécutif afin de renverser le tyran IBK et de prendre le pouvoir. Il est vrai que l’armée c’est aussi le peuple. Mais la force militaire n’était pas quelque chose que nous avons prévue. Mais je ne peux pas dire que les militaires ont mis le mouvement hors-jeu. 

Il se dit également que le coup d’état militaire pourrait en définitive être une stratégie élaborée par IBK lui-même pour trouver une porte de sortie, sans donner l’impression de céder à la rue. Que pensez-vous de cette opinion ?

Vous savez, on a tout entendu dans cette histoire, avec plusieurs versions qui ont circulé de bouche à oreille et sur les réseaux sociaux. Une chose est certaine, et je l’ai déjà dit, la manière dont le coup de force des militaires s’est déroulé a surpris. D’ailleurs plusieurs aspects de celui-ci laissent perplexe. On a assisté à un coup de force très pacifique, ce qui n’était pas une mauvaise chose en soi, parce que le sang avait suffisamment coulé au Mali comme ça et il n’en fallait vraiment pas plus. Mais enfin, tout était un peu bon enfant, plutôt alanguissant, à la limite lymphatique et théâtral. 

Ce sentiment, d’après vous, viendrait-il de la rapidité avec laquelle le président Ibrahim Boubacar Keïta et l’ensemble des personnes arrêtées avec lui ont été libérés, sans donner aux Maliens l’occasion de leur demander des comptes ?

Tout ceci fait partie du grotesque de ce « coup de force ». Ce sont là des choses qui ont paru surprenantes à l’opinion. J’ai vraiment du mal à qualifier le déroulé des faits autrement que par le terme « surprenant » … (Éclat de rire). 

Vous voyez ? Tout cela m’amuse un peu, parce-que c’était quelque peu drôle et pathétique. C’est autant de choses qui peuvent laisser libre-cours à toutes sortes de spéculations. 

Ibrahim Boubacar Keïta est quand-même l’élément central de la descente aux enfers du Mali. Pendant 7 longues années, les populations maliennes ont vécu les pires situation de leur histoire par sa faute. Voilà qu’on procède à son arrestation d’une manière très débonnaire, pour nous dire une semaine plus tard « nous ne sommes pas la justice. Donc nous le plaçons sous surveillance dans ses appartements ». Et avant même qu’on n’ait pu digérer tout cela, on nous fait comprendre qu’il est malade et doit se rendre à Dubaï pour des soins. 

Et son fils Karim, qui fait partie des personnes qui ont complètement fait de ses deux mandats un fiasco, on le laisse partir tranquille. Il a passé tous les barrages et toutes les frontières sans être inquiété. On a prétendu qu’il était à Abidjan. Mais personne ne peut le dire avec certitude. Tout comme on ne peut pas dire où exactement se trouve en ce moment le premier responsable de la sécurité qui aurait dû répondre des tueries des Maliens devant la justice.

Vous pensez donc que tout cela ne rassure pas ?

Il y a quand-même une atmosphère suspicieuse dans tout ça qui amène à se poser la question de savoir qu’est-ce que c’est que ce coup d’état ? Les militaires qui en sont les auteurs sont-ils guidés ou télécommandés quelque part ? Est-ce vraiment leur patriotisme qui les a poussé à prendre leurs responsabilités devant la Nation malienne ? Ce sont des questions que les Maliens se posent avec une légitimité indéniable. Nous espérons qu’ils nous permettront un jour d’y voir plus clair. Parce que ce sont quand-même des enfants du Mali, ils devront un jour avoir la conscience et la décence de se montrer véridiques devant le peuple malien qui a le droit de savoir. 

Le brave peuple malien a connu, durant tout ce temps, un calvaire sans comparaison. Cela nous a coûté sept ans d’insécurité, de gabegie, de corruption, de mensonge d’état et de non-gouvernance de notre pays. Mais le peuple a résisté à tout cela et s’est mobilisé pour que le Mali ne s’effondre pas. Nous au M5-RFP, nous disons que les militaires doivent nous rendre des comptes. Ils nous doivent la vérité parce que nous sommes dans une situation incompréhensible, même s’ils ont tout notre soutien aujourd’hui.

Quel est l’état des rapports entre le M5-RFP et le CNSP en ce moment ?

Le M5-RFP a fait tout le travail pour la libération du Mali. Cela faisait depuis quatre mois que le peuple était dans la rue, à l’appel du M5-RFP et de l’Imam Mahmoud Dicko, parce qu’il était révolté et n’en pouvait plus. Le CNSP qui est intervenu pour le salut du peuple ne peut que s’entendre avec le peuple dont le représentant aujourd’hui est le M5-RFP afin de remettre le Mali sur les bons rails et le sortir du trou dans lequel Ibrahim Boubacar Keïta l’a plongé.

Les débuts ont été difficiles. Le premier appel lancé par le CNSP pour un rassemblement n’a pas inclus le M5-RFP. Et ce dernier n’étant pas convié, les responsables du mouvement ont annoncé qu’ils ne se présenteraient pas. Et les militaire ont été obligés de reporter la rencontre. Finalement, il y a eu un rapprochement avec le comité stratégique et ensemble, ils ont pu mettre en place des termes de références qui ont été validés il y a une semaine. Et la semaine qui va suivre viendront les assises auxquelles le M5-RFP prendra effectivement part. 

La Cédéao et la communauté internationale exigent une transition de très courte durée qui serait dirigée par un civil. Qu’en pensez-vous ?

Comment vous dire les choses de façon que tout le monde les comprenne bien ? Le Mali est un grand corps malade. Il faut laisser aux Maliens le temps nécessaire pour être à son chevet, le soigner et le remettre d’aplomb. 

Je vais vous prendre le cas du Ghana. Jerry Rawlings avait fait un coup d’état. Entre trois et six mois après, il a été pressé par la communauté internationale de rendre le pouvoir aux civils, ce qui a été fait. Mais un ans après, il a été obligé d’organiser un nouveau coup d’état parce que la situation qui l’a conduit à organiser le premier n’avait pas du tout évolué. Et cela lui a pris onze ans pour remettre le Ghana sur pied et rétablir la démocratie dans ce pays. Il a été élu deux fois de suite après cela. C’est lui-même qui a refusé de se présenter pour un troisième mandat. 

Aujourd’hui, quelle est la situation du Mali ? Nous avons 75% du territoire qui échappe au contrôle du gouvernement, avec une insécurité et une précarité pour les populations rurales qui a dépassé toutes les limites du supportable. Comment la Cédéao, ou la France expliquent que le Mali redresse tout cela en un an ? Cela veut tout simplement dire que la communauté internationale et la Cédéao ne veulent pas que le Mali s’en sorte. 

Je l’ai dit tout à l’heure : le Mali est un grand corps malade qui a besoin de soins intensifs et méticuleux. Nous n’avons pas besoin de précipitation pour redresser le Mali. Ça prendra le temps qu’il faudra, mais il faut laisser les Maliens décider de ce qu’ils veulent faire de leur pays. On ne comprend pas l’acharnement de la Cédéao, de la France et de la communauté internationale.

Pensez-vous, comme d’autre de votre mouvement, que le rôle joué par la Cédéao dans la crise malienne n’est pas très clair ?  

Le rôle de la Cédéao est très clair, bien au contraire. Elle n’a jamais voulu le bien du Mali. C’est pourquoi ces gens veulent qu’on fasse les choses dans la précipitation. Je vous rappelle qu’elle a tenté de semer la division entre les CNSP et le M5-RFP, sachant que ce dernier constitue une épine dans leur pied. N’oubliez pas qu’ils ont tous une peur bleue de la contagion, dans la sous-région, de l’exemple malien. Aujourd’hui, pour ces chefs d’États dont le sort pourrait être identique à celui d’Ibrahim Boubacar Keïta, l’organisation à abattre c’est le M5-RFP.

La Cédéao aimerait bien pouvoir éloigner les militaires du M5-RFP. C’est ce qu’ils avaient commencé à faire dans un premier temps. Mais les Maliens leur ont fait comprendre que le CNSP et le M5-RFP sont deux poumons d’un même corps et que leurs objectifs sont les mêmes : sortir le Mali du gouffre dans lequel il se trouve.

Aujourd’hui, les deux structures marchent ensemble. De notre côté, nous espérons qu’ils sont sincères et que cette entente tiendra jusqu’au bout du processus de redressement du Mali pour le bonheur du peuple.

Quels sont les espoirs du peuple malien de s’en sortir aujourd’hui ?

Le peuple malien est déterminé à se prendre en main. La première victoire qui est la nôtre, c’est l’assurance que le Mali ne reviendra pas en arrière pour se retrouver dans la situation qui a conduit à ce que nous vivons aujourd’hui. Le peuple malien ne sera plus jamais passif. Nous n’avons pas le choix, le M5-RFP n’a pas le choix, le CNSP n’a pas le choix. Même ceux qui étaient avec IBK dans la mal-gouvernance qui a plongé le Mali dans ce désastre n’ont pas le choix.

Nous avons tous une seule obligation, c’est d’aller de l’avant et de montrer à cette communauté internationale que le Mali ne peut pas être gouverné de l’extérieur. Il faut qu’ils laissent la responsabilité aux Maliens de se prendre en main. Si la transition doit prendre dix ans pour que nous réalisions la refondation de toutes nos institutions et pour que nous réussissions la réconciliation des Maliens et la réunification de notre territoire national, nous prendront tout le temps nécessaire.

Au peuple malien, je dis simplement que chacun doit comprendre que la lutte n’est pas terminée et que celle-ci sera longue. Nous devons garder notre détermination, notre persévérance et notre clairvoyance dans l’effort qui nous a tous rassemblé autour de ce combat. Si nous baissons les bras, si nous nous laissons intimider, d’ici cinq ans, on va refaire le même combat qu’aujourd’hui. Nous devons avoir un Mali souverain dont nous soyons tous fiers. Nous avons toutes les potentialités pour y parvenir. 

Le Mali est un grand pays et un grand pays se relève toujours. Ce sera grâce à ses filles et à ses fils qui sont des braves descendants de Sonni Aliber, de Soundjata, de El-Adj Omar et de tous les grands noms qui ont fait le passé glorieux du Mali.

« Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie » (Albert Londres).

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