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[Mali] Le cas IBK : le feu qui couve désormais sous les pilastres vermoulus de la Cédéao

Les jours qui passent confirment de manière inéluctable la fin de règne d’Ibrahim Boubacar Keïta et le début d’une ère nouvelle pour le Mali sous le contrôle du Conseil National pour le Salut du Peuple (CNSP). Et la Cédéao, forcée d’atténuer ses ardeurs de la première heure, tente désormais de tenir un rôle de bons offices. Mais l’organisation sous-régionale a pris un mauvais départ dans cette affaire en affichant une fermeté qui s’est révélée impossible à tenir. Parviendra-t-elle à sortir de ce guêpier sans y laisser des plumes ?

Le bras de fer CEDEAO vs CNSP n’aura pas lieu

Une délégation de très haut niveau de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) s’est rendue à Bamako samedi 22 août 2020. Celle-ci était conduite par l’ancien chef d’État Nigérian Goodluck Jhonattan, contrairement à l’annonce initiale qui prévoyait à cette place le président en exercice Mahamadou Issoufou.

Selon toute vraisemblance, la mission des émissaires de l’organisation sous-régionale n’était plus tellement d’en découdre à tout prix avec le Conseil National pour le Salut du Peuple (CNSP). La tendance, samedi, était plutôt à l’apaisement. Il faut travailler à une sortie de crise au Mali qui permettrait d’aboutir à « quelque chose de bon pour le pays, bon pour la Cédéao et bon pour la communauté internationale », selon Goodluck Jhonattan. Ceci implique très certainement la libération d’Ibrahim Boubacar Keïta et celle de ses codétenus. Mais il est surtout question aujourd’hui de s’assurer que le pouvoir revienne aux civiles dans les meilleurs délais. 

Cette éclaircie dans le ciel du Mali tombe à point nommé. Depuis le début de cette crise, les Maliens se disaient « révoltés face à la rigidité affichée par la Cédéao » dès la première heure. Plusieurs déclarations de certains leaders du Mouvement du 5 juin Rassemblement des Forces Patriotiques, à l’origine des contestations contre Ibrahim Boubacar Keïta, ont montré que les Maliens ne cachaient plus leur hostilité à la Cédéao.

Au cours d’un rassemblement organisé à Bamako alors que la délégation de haut niveau était annoncée pour une rencontre avec le CNSP, on pouvait entendre Me Mohamed Ali Bathily, un des leaders du mouvement, déclarer : « s’ils viennent en oiseaux de malheurs, nous leur tirerons dans les ailes en plein vol ».

Qui voulait à tout prix sauver le soldat IBK et pourquoi ?

Un fait inédit restera marquant dans cet épisode malien : celui qui a précédé ce retour à la détente de la Cédéao. L’organisation sous-régionale, très fulminante après le coup de force des mutins, voulait coûte que coûte rétablir Ibrahim Boubacar Keïta à la tête de l’exécutif malien. L’Ivoirien Alassane Dramane Ouattara et le Guinéen Alpha Condé, fervents défenseurs, à cette fin, d’une option militaire et d’un embargo total en vue « d’asphyxier les mutins du CNSP », ont été littéralement « remis à leurs places » par certains de leurs homologues lors du sommet virtuel de la Cédéao sur la crise malienne. 

La première salve est partie de la Guinée Bissau lorsque le président Umaro Sissoco Embaló, contrecarrant le propos liminaire de Mahamadou Issoufou, président en exercice de la Cédéao, a jeté un pavé dans la marre : « Quand on doit condamner un coup d’état, il faut le faire sans exception ». Selon lui, la Cédéao doit « adopter la même attitude pour tous les coups d’états ». Et le fait de modifier la Constitution en vue de se donner les moyens de briguer un 3ème mandat en est un qui « viole la charte sur la démocratie et la bonne gouvernance de la Cédéao ».

Cette attaque en règle était clairement dirigée contre Alassane Dramane Ouattara et Alpha Condé. Le premier s’est récemment illustré dans un parjure en annonçant sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre prochain alors que, quelques semaines auparavant, celui-ci avait agréablement surpris la planète tout entière en déclarant solennellement qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession pour un troisième mandat. Il sera d’ailleurs investi par son parti deux jours plus tard le samedi 22 août 2020, alors que les manifestations des Ivoiriens opposés à cette candidature sont réprimées avec une brutalité sanglante par les forces de l’ordre. 

Quant au second, accusé d’avoir plongé son pays dans la crise pour rester au pouvoir, lui également se prépare pour un troisième mandat à 82 ans. Dans son cas, les protestations populaires ont entrainé la mort de dizaines de manifestants depuis près d’un an.

Si ce courroux du Bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló a aussitôt déclenché l’hilarité de l’assistance, celui-ci aura par contre eu le mérite de calmer les ardeurs des partisans d’une guerre totale contre le CNSP au contrôle du Mali. Touché dans le vif, Alassane Dramane Ouattara tentera un échappatoire maladroit en appelant son homologue « fiston ». Mais cette attitude condescendante lui vaudra, là également, une réponse cinglante : « il n’y a pas de fiston’ ici, il n’y a pas de petit pays iciIl y a des chefs d’État qui sont tous égaux et j’entends assumer pleinement la souveraineté de mon pays ».

De fait, cette joute oratoire a entraîné un chamboulement au niveau de la composition de la délégation des chefs d’États pour le Mali en la confiant à l’ex-président nigérian Goodluck Jonathan, plutôt qu’au président en exercice de la Cédéao. Dans son propos liminaire, le Nigérien Mahamadou Issoufou cherchait en effet à planter le décor de la fermeté contre les mutins en accord avec ses deux homologues ivoirien et guinéen. Selon toute vraisemblance, lui aussi sera mis en minorité. Le sommet des chefs d’États et de gouvernements a visiblement préféré épurer l’équipe de négociateurs de son aile dure en vue de faciliter la mission de sa délégation au Mali.

On l’aura compris : sauver le soldat Ibrahim Boubacar Keïta en le réinstallant sur son fauteuil présidentiel, n’était plus une option. Et, peut-être même, qu’il n’en a jamais vraiment été question. Très tôt, au 19 août, on remarquera que cette direction était déjà indiquée par la France. La déclaration de Jean-Yves Le Drian était suffisamment claire dans ce sens : la France avait « pris acte de la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta ». Ce qui importait dès lors, c’était selon cette déclaration : « l’intérêt du peuple malien et la lutte contre le terrorisme ».

Une position par ailleurs confirmée par Emmanuel Macron dans un Tweet publié tard dans la soirée de jeudi 20 août : « Pour le Mali, il y a deux choses auxquelles nous veillons : la stabilité et la poursuite de la lutte contre le terrorisme qui est avant tout le fléau des Maliennes, des Maliens, mais aussi de l’ensemble des Sahéliens ». Il dira même plus tard : « nous n’allons pas nous substituer au peuple malien ». 

Le Conseil de Sécurité de l’ONU, convoquée en urgence le 20 août sur une demande conjointe de la France et du Niger, a lui aussi donné des signes de réserve face à la situation au Mali. Bien que condamnant la mutinerie et appelant à « la libération immédiate des dirigeants détenus », il a tout simplement souligné « la nécessité urgente de restaurer l’État de droit et de progresser vers le retour à l’ordre constitutionnel ». Mais il s’est bien abstenu de prendre une résolution.

Alassane Dramane Ouattara et Alpha Condé avaient-il manqué de perspicacité dans leur lecture de tous ces événements, contrairement à Macky Sall qui, dès le départ, a interpellé ses homologues sur la nécessité de « réapprécier les sanctions annoncées pour tenir compte des impératifs humanitaires » ? Cela semble peu probable. Il faudrait sans doute rechercher les raisons de leur extrême fermeté dans le fait que ces deux-là jouaient en réalité leur propre destin. Car, s’il devait être envisageable qu’il y ait un effet domino qui parte de la « solution malienne », la Guinée et la Côte d’Ivoire seraient immédiatement les prochains sur la liste. Ensuite suivrait sans nul doute le Burkina-Faso.

Mais si cette hypothèse fort probable venait à se vérifier, il y aurait forcément une réaction en chaîne. Et celle-ci se caractériserait par une série de chute des pouvoirs autocratiques de l’Afrique de l’Ouest et, partant, de ceux du reste des pays de l’Afrique sub-saharienne dont les institutions sont en équilibre instable pour cause de gouvernance douteuse. 

En clair : le sort de l’Afrique francophone se joue actuellement au Mali. Et leurs excellences, les présidents mal aimés de leurs peuples, le savent : le cas Ibrahim Boubacar Keïta n’est peut-être que l’arbre qui cache la forêt. Une forêt, on l’imagine bien, dans laquelle se trouve embusqué un loup que personne ne veut nommer pour le moment, mais qui pourrait bien avoir décidé de changer les règles du jeu, en vue de prévenir la déflagration annoncée de son pré-carré africain. Suivez mon regard…

La Cédéao sortira-t-elle indemne du bourbier malien ?

On aura tout entendu au sujet de la Cédéao depuis le début de la crise malienne : « un entre soi de dictateurs mal élus qui jugent le peuple malien pour crime de lèse-majesté contre un des leurs » ; « un conglomérat de chefs d’États mal dans leur peau et qui briment leurs peuples » ; « des despotes qui n’ont aucune légitimité pour donner des leçons de démocratie » … Et pour couronner le tout, l’altercation entre le président Umaro Sissoco Embaló et ses paires de Guinée et de Côte d’Ivoire qui vient en quelque sorte « officialiser » une imposture ; celle d’une structure supranationale, censée garantir la stabilité politique et la bonne gouvernance aux États qu’elle représente, mais qui se compose d’individualités profondément en déphasage avec ses propres préceptes. 

Le président bissau-guinéen vient-il par-là d’allumer un feu qui consumera inexorablement la tour d’ivoire qui servait de refuge à la Cédéao jusqu’ici ? Une chose est certaine : son coup d’éclat vient d’ébranler les pilastres déjà bien vermoulus de cette organisation sous-régionale. Ce n’est donc plus qu’une question de temps aujourd’hui. Mais l’une des victimes collatérales du bourbier malien, sera assurément la Cédéao. L’organe de très haut niveau y a déjà perdu la face. Elle y perdra certainement bientôt le reste ; c’est-à-dire sa capacité à dicter les règles du jeu démocratique aux peuples qui s’insurgent contre « les gouvernants qui gèrent mal leurs pays ». À moins, bien entendu, qu’elle entende toutes ces voix qui s’élèvent et qui appellent à sa refondation transversale, à l’instar de Me Mohamed Ali Bathily qui a déclaré haut et fort : « Nous disons aux peuples du Sénégal, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire, du Niger, du Burkina-Faso, qu’il est temps que la Cédéao des peuples prenne vie et corps ». 

Le temps nous en dira certainement plus… 

« Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie » (Albert Londres).

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