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[Gabon] L’ordre de Lee-White, le « dernier roi d’Écosse », règne sur le ministère des Eaux et Forêts

Une manifestation des agents du ministère des Eaux et Forêts une fois de plus réprimée avec brutalité mardi 1er septembre à Libreville par des éléments de la gendarmerie qui auraient agi sur instructions du ministre Lee-White. Des méthodes musclées qui, semble-t-il, sont coutumières du chef de ce département ministériel, alors que le syndicat national des professionnels des eaux et forêts le soupçonne d’entretenir un réseau de corruption dans son ministère.

Le ministre gabonais des Eaux et Forêts fait encore parler de lui dans un registre de recours systématique à la brutalité policière dans le but de régler ses comptes avec ses administrés. Soupçonné de corruption par le syndicat national des professionnels des eaux et forêts, le professeur Lee-White, d’origine britannique, a pris l’habitude de s’illustrer par des réponses musclées aux revendications légitimes des agents et fonctionnaires de son département ministériel. Alors qu’une manifestation pacifique de ces derniers était en cours mardi 1er septembre devant son ministère, Lee White, selon des sources dignes de foi, aurait personnellement donné l’ordre à un détachement de la gendarmerie nationale de disperser sans ménagement les grévistes. 

Des coups de feu ont en effet été entendus et des images de blessés par des éclats de grenades lacrymogènes et, probablement par balles, ont circulé sur les réseaux sociaux après des confrontations entre les forces de l’ordre et les manifestants. En grève générale illimitée depuis la mi-juillet, les agents du ministère des Eaux et Forêts, affiliés au Syndicat national des professionnels des eaux et Forêts (SYNAPEF) protestent contre le non-versement de leur prime sectorielle depuis 2014. Ils contestent également des nominations jugées « illégales et persistantes » dans leur département ministériel et demandent que Lee White, soupçonné de corruption, soit démis de ses fonctions de ministre des Eaux et Forêts.

Le 7 juillet dernier leur leader syndical, monsieur Didier Atome Bibang, a été interpellé par des éléments de la police judiciaire de Libreville. Selon un communiqué du ministère des Eaux et Forêts qui rejetait tout rapport avec les activités syndicales de ce dernier, le prévenu devait répondre des accusations de corruption portées contre des fonctionnaires du ministère dont le ministre lui-même. Le communiqué de Lee White précisait que cette arrestation n’avait « aucun lien avec l’exercice régulier de ses activités syndicales. Elle relève plutôt des procédures prévues par les textes en vigueur en matière de droit commun ». Un avis que ne partagent ni le SYNAPEF, ni le responsable de l’ONG Brain-Forest, Marc Ona Essangui, qui a publié sur son compte Facebook une vidéo de l’événement. 

Que se passe-t-il exactement au ministère des Eaux et Forêts du Gabon ?

« Ses colères fulminantes n’ont d’égal que les trous béants qu’il laisse derrière lui à chacun des postes de responsabilités qui lui ont été confiés », s’insurge un fonctionnaire du ministère des Eaux et Forêts joint depuis Libreville. La source qui a requis l’anonymat par « peur de représailles » cite notamment un « gouffre de 200 Milliards de Frs Cfa » que le ministre aurait creusé à l’Agence Nationale des Parcs Nationaux (ANPN) alors qu’il en avait la direction. Avant cela, Lee White aurait, toujours selon la même source, « planté la représentation locale de l’ONG Wildlife Conservation Society (WCS) dont il fut le directeur général de 1997 à 2009, avec un budget annuel de 176 958 8181 de Frs Cfa par an »

Des habitudes de gestion qualifiées de « calamiteuses » par ses détracteurs qui voient d’un mauvais œil le fait que Lee White applique les mêmes méthodes au ministère des Eaux et Forêts où il se prendrait à présent pour « le dernier roi d’Écosse ». Allusion faite au titre du film du britannique Kevin Macdonald, avec Forest Whitaker dans le rôle d’Idi Amin Dada. Le film inspiré du roman éponyme de Giles Foden met en abîme les dérives autocratiques du tyran de l’Ouganda, un pays dans lequel Lee White a du reste passé toute son enfance.

Cette comparaison, qui prêterait à sourire au premier abord, n’est cependant pas anodine. De l’avis de certains fonctionnaires et agents de son ministère, Lee White en aurait la prodigalité et la même propension à la colère furibonde dès-lors qu’on essaye de « mettre le nez dans ses affaires ».  

L’interpellation du leader syndical Didier Atome Bibang le 7 juin 2020 intervient alors que le Syndicat National des Agents des Eaux et Forêts avait lancé un mot d’ordre de grève générale illimitée le 22 juin 2020. Le communiqué émis par le syndicat appelait, entre autres, à « immobiliser tous les grumiers en porteurs sans bordereaux d’une part et ceux disposant de bordereaux sans contre signature d’un agent habilité d’autre part ». Ce qui, en définitive, est une recommandation tout à fait en conformité avec l’arrêté 004/MEF/MECIT du 30 janvier 2012 et l’article 23 du décret n° 861/PR/MEF du 20 août 1981. 

Faut-il entrevoir à travers une telle précision l’existence possible d’un transport de grumes qui s’inscrirait en dehors des clous, et si oui, au bénéfice de qui ? 

Quoi qu’il en soit, 12 points sont inscrits dans le cahier de charges des grévistes du département des Eaux et Forêts. Parmi ceux-ci : « le paiement de la prime d’incitation à la performance, la mise en service des ascenseurs (en panne depuis plus de 7 mois), le retour des primes, l’amélioration des conditions de vie des agents, la fin des intérims, la mise en place d’une régie, la résolution du problème des agents placés sous bons roses depuis bientôt 5 ans ». Mais surtout, les grévistes réclament la démission pure et simple du ministre Lee White, accusé, avec d’autres fonctionnaires du département, de corruption.

Des dérives récurrentes dans le maintien de l’ordre au Gabon. Qui est responsable ?

La mise en cause du ministre des Eaux et Forêts dans la répression brutale des manifestations de mardi amène à s’interroger sur le fonctionnement de la chaîne hiérarchique lors des opérations de maintien de l’ordre. En effet, les interventions des gendarmes ou des policiers pendant les manifestations dans l’espace public au Gabon s’illustrent très souvent par une brutalité singulière dont résultent presque toujours de nombreux cas de blessés plus ou moins graves. Et la chaine des responsabilités n’est pas facilement lisible pour quiconque cherche à comprendre d’où viennent les ordres devant déterminer l’action des forces déployées sur le terrain.

Dans le cas des événements de mardi 1er septembre devant le ministère des Eaux et Forets, des sources concordantes accusent Lee White d’avoir donné les instructions qui ont conduit les gendarmes à user d’une force disproportionnée face à des manifestants pacifiques. Si cela s’avérait, c’est que les éléments présents à cette intervention ne se sont pas comportés en forces de maintien d’ordre, mais en milices aux ordres du ministre. Ce problème récurrent où des ministres et autres personnalités de la haute administration gabonaise sont régulièrement pointés du doigt à la suite de brutalités policières dans des manifestations publiques pose un vrai problème d’éthique au gouvernement de Rose Christiane Ossouka Raponda.

« Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie » (Albert Londres).

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