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Crédit photo : Anita « Not free yet »

Opinions

Réparations: le salut noir de l’Union Européenne

Le 19 juin 2020, l’Union européenne a reconnu l’esclavage comme un crime contre l’humanité. Comment l’assassinat de George Floyd a-t-il conduit à cette résolution de l’UE ? Comment traiter les crimes commis à l’époque coloniale compte tenu du pillage systématique du patrimoine culturel et des ressources naturelles africains qui a eu lieu après l’abolition de l’esclavage? Cet article vise à mettre en perspective la séquence qui a conduit à cette avancée significative, tout en dressant un tableau de ses limites ainsi que de ses espoirs.

La crise du coronavirus a provoqué une remise en cause profonde du sens ultime de l’existence: la crise sanitaire, économique et politique, sont des problèmes auxquels le monde devra encore faire face au cours des mois à venir. Dans ce contexte troublé, l’assassinat de George Floyd met à nue la violence structurelle du système d’oppression néolibérale dont la police n’est que le bras armé. Ceci a conduit la planète à un soulèvement populaire inédit au potentiel révolutionnaire sans précédent.

Si l’avenir semble incertain pour certains, ces tremblements de terre symboliques sont nécessaires pour transformer le monde aux yeux nombreux observateurs.

Une question se pose cependant : le mouvement Black Lives Matter ne devrait-il pas aller au-delà de la question des violences policières et du racisme dans les sociétés du Nord pour remettre en question les fondements même du système capitaliste en Afrique ? A Nantes, par exemple, le problème de la réparation des dommages causés par l’esclavage colonial était la principale revendication du mouvement Black Lives Matter. 

Concomitamment, dans presque toute l’Europe, divers actes impliquant la destruction de statues par des militants de mouvements antiracistes et anticoloniaux remettent aujourd’hui en cause les fondements du système colonial, qui ont généré la richesse des nations occidentales et des élites africaines corrompues. C’est là que réside l’intérêt d’une vision africaine de ce mouvement pouvant sembler hors sol si on le déconnecte des violences économique, environnementales et politique qui sont subies par l’Afrique.

Aimé Césaire disait que le système survit grâce aux croyances racistes héritées de la structure du pouvoir colonial.

 Historiquement, la fin de l’esclavage a coïncidé avec l’instauration du travail forcé en Afrique et l’adoption du 13e amendement aux États-Unis d’Amérique. Cet amendement stipule que l’esclavage est interdit – sauf lorsqu’il concerne des individus coupables de délits. Cet amendement perpétuant donc la privation légale de liberté des population noires a des conséquences dramatiques sur la santé individuelle et collective des descendants africains aux États-Unis.

Nous avons cependant assisté à un tollé lorsque des actions de réparation et de réappropriation se sont produit.

Ce fût le cas du coup d’éclat de Mwazulu Diyabandza au Quai Branly. Ce fût également le cas de celles observées dans les départements ultra européens de la Martinique et de la Guadeloupe, ou celle menée par Franco Lollia, porte-parole de la Brigade Anti Négrophobie à l’assemblée nationale française, pour désacraliser la statue de Colbert. Déjà la 22 mai 2020, la destruction de la statue de Victor Schoelcher par les activistes Jay Asani et Alexanne Ozier-Lafontaine a suscité une forte opposition du chef de l’Etat. Le même scénario a pu être observé dans des pays comme la Grande-Bretagne et l’Italie, avec les dernières positions prises par le maire de Milan.

Ces bouleversements affectent la planète entière à un point tel que des réactions officielles et de grandes manifestations populaires apparaissant sur les cinq continents. Ces manifestations planétaires, ont poussé l’Union africaine la demande d’une déclaration officielle de l’ONU pour lutter contre le racisme anti-noir. Le mouvement Black Lives Matter nous a fait réaliser que le monde est actuellement au bord d’un changement radical de paradigme qui pourrait aider à une transformation fondamentale de la structure même du pouvoir.

Étant donné que l’oppression néolibérale est liée aux racines du colonialisme, l’Europe doit faire sa part de réparation dans sa relation au monde noir dans son ensemble : Au-delà de Black Life Matter, c’est la vie du continent noir qu’il est question de réinsuffler au tissu social. Les sociétés européennes reconnaîtront pleinement l’humanité des personnes d’ascendance africaine et non européenne, ou l’Europe en tant que continent ne les intégrera pas en tant que partie de sa population.

Comment parler de vies noires, d’esclavage colonial et de réparations sans mentionner l’Afrique?

Avant même de considérer la réparation comme point de départ d’un processus de reconnaissance, la soi-disant «aide» aux pays africains doit être considérée comme un mécanisme de réparation décentralisé. Cela est nécessaire pour éviter le vol organisé et systématique des richesses et des ressources d’un État par ses dirigeants, que Gregory Ngbwa Mintsa a appelé «Patrimonicide» .

Loin de l’Afrique, une révolution est en marche aux USA. Cette révolution a déjà eu un impact sur les nations européennes et d’autres nations à travers le monde. La récente reconnaissance de l’esclavage et de la colonisation comme crimes contre l’humanité aura-t-elle un impact sur les nations africaines? Nous ne pouvons que l’appeler de nos voeux. La question de la réparation des dommages causés par l’esclavage colonial a certes été rendue plus visible par le mouvement Black Lives Matter depuis l’assassinat de George Floyd, mais le drame de cet assassinat possède une puissance symbolique plus grande pour la libération des peuples noirs.

Un grand homme noir appelant sa mère, comme on implore Dieu pour son salut. Cette image nous pousse à nous dire que le salut du continent viendra de la femme.

Pourquoi ne pas utiliser une référence mythologique plus positive qu’un spectacle de corps noirs mutilés pour imager nos luttes politiques ? Pourquoi ne pas penser que le salut de la Terre Mère ressemblera à Isis, déesse de la vallée du Nil, épouse et sœur d’un grand homme noir, également assassiné par asphyxie avant de renaître grâce au travail et au courage de la déesse. En effet, le temps d’une autre métaphore est arrivé.

Assa Traoré, menant la lutte en Europe pour exiger la justice pour la mort de son frère, ou Priscilla Ludosky menant la lutte pour la justice pour la classe ouvrière dans la transformation écologique sont des signes certains que la révolution à venir sera également afro-féministe.

Beaucoup souhaitent éviter le débat sur les réparations. Ils craignent que toute réparation symbolique s’accompagne de violences, qui pourraient transformer cette quête de justice en véritable Némésis qui ferait exploser le monde occidental. C’est oublier que la planète est déjà en feu : le changement de paradigme global déjà en marche ne peut plus être retardé. Dans cette nouvelle mythologie, le Grand Noir assassiné par son frère jaloux de sa fécondité et de son leadership ressuscite en Géant Vert.

Cette pièce est une collaboration entre Dia Alihanga, Mame Faye-Rexhepi et Brice Montagne. 

Écrit par

Poète, activiste, éducateur spécialisé dans les situations interculturelles est un homme de lettres et de culture. Précurseur de la Poésie Slam au Gabon et en Afrique francophone, il a fondé en 2010 le premier Centre Culturel Africain de France, le Mbandja (Nantes). Auteur engagé, il contribue régulièrement à des articles et parutions littéraires traitant du Patrimonicide et des Réparations du préjudice causé par l'esclavage et la colonisation

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