fbpx
Connecte-toi avec nous

Salut, que cherchez-vous?

Life Africa TV

Dossier

DOSSIER : La situation du Gabon face aux objectifs du développement durable selon Narcisse Ella

Narcisse Ella, le Président du conseil d’administration de la FADEC (Fondation pour l’assistance et le développement communautaire), formé à l’institut de la Francophonie pour le développement durable, commente la situation du à propos de 9 des 17 objectifs du développement durable dont; l’éducation de qualité, la lutte contre la pauvreté et la faim, la santé et le bien-être, l’égalité des sexes, l’eau potable et l’énergie durable, l’accès à des emplois décents, bâtir et innover.

À l’occasion du 75ème anniversaire d’existence des Nations Unies et du lancement, cette année, de la décennie d’actions pour le développement durable. Qu’en est-il au Gabon depuis les objectifs de développement durable fixés par l’ONU en 2015 ? On allume une torche indigène en étalant sur le papier, sans complainte, notre état d’esprit face à la situation pour amorcer de nouvelles perspectives pour ceux qui sauront lire entre les lignes.

Éducation

En matière d’éducation de qualité, cinq ans plus tard, bilan déplorable. A cet égard, on déplore la création de collèges et lycées au sein même des établissements publics existants et le manque de ressources adéquates proportionnelles aux effectifs toujours pléthoriques.   Chaque année, 34 000 élèves du primaire en moyenne doivent accéder aux collèges, tandis que des milliers de collégiens accèdent au lycée.

De nombreux établissements ne sont pas équipés de tableaux et de tables bancs opérationnels. Le niveau éducatif déjà chaotique est soumis aux problèmes liés au coronavirus, ce qui ne semble pas de bon augure pour l’Éducation nationale, qui tente avec l’école à distance de s’adapter à la situation tant bien que mal, mais sans aucune garantie d’un quelconque succès. 

Encore faudrait-il que tous les enfants bénéficient des mêmes chances d’accéder à des applications Internet et à une télévision éducative ! Pour les élèves en classe d’examens, aucune solution ne se profile à l’horizon malgré les appels incessants de la Dynamique Unitaire qui préconise une reprise de cours immédiate et ne croit pas aux résultats des cours à distance.

 Lutte contre la pauvreté

En matière de pauvreté, il ressort que le Gabon, avec seulement près de 2 millions d’habitants, ⅓ de la population, selon le FMI, vit en deçà du seuil de pauvreté. Il faut augmenter le tissu économique, créer des emplois, réinsérer les jeunes et, malgré tout, on se heurte aux failles des grandes entreprises telles que la multinationale OLAM spécialisée dans l’agroalimentaire et dans l’agro-industrie qui n’octroie pas de salaires décents à ses employés, tandis qu’environ 4% de ce tiers de notre population vit avec la moitié de 1$ par jour. Les gens vivent de plus en plus dans la précarité et de toutes formes de mendicité.

 Lutte contre la faim

Pour mettre un terme à la faim, des programmes sont nés, à l’exemple du PNIASAN (Plan national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire et nutritionnel) ou le programme GRAINE (Gabonaise des réalisations agricoles et des initiatives des nationaux engagés) pour inciter les populations à retourner à la terre. 

Le fait que les Gabonais sont plus attirés par la bureaucratie et moins par l’agriculture oblige l’Etat à importer à hauteur de 66% des produits alimentaires du Cameroun. A l’inverse, dans la sous-région,  la Guinée Equatoriale importe 32% et le Congo 7% des produits en provenance du Cameroun. A l’observation, les productions agroalimentaires du Gabon ne représentent rien, absolument rien. Plus concrètement, par exemple, le Gabon importe 600 000 tonnes de bananes plantains du Cameroun chaque année, soit 30% de leur production globale. On peut dire sans sourciller que le Gabon est nourri par le Cameroun. Pour un pays aux terres arables, c’est une terrible curiosité. Comment comprendre aussi que le Gabon importe du poulet du Brésil et de Namibie?

Il faut saluer les efforts consentis par le ministère actuel de l’Agriculture qui donne aux populations des semences et des formations pour aider les familles à atteindre l’autosuffisance alimentaire. Le programme initié par l’Agence française de développement PRODIAG (Projet de développement et d’investissement agricole au Gabon) a porté beaucoup de fruits et a inspiré des intelligences grâce à la contribution de l’IGAD (l’Institut gabonais d’appui au développement) notamment. Pendant le confinement, les Gabonais ont pris conscience de leur dépendance alimentaire.

Santé et bien-être

Niveau santé et bien-être, malgré quelques avancées avec l’arrivée de la CNAMGS (Caisse Nationale d’Assurance Maladie et de Garantie Sociale), les nouveaux CHU modernisés aident beaucoup, même si les plaintes des patients sont nombreuses compte tenu des erreurs médicales… Les pharmacies rejettent les cas des Gabonais économiquement faibles, particulièrement parce que l’État peine à payer ses créances à l’égard de ces pharmacies. Les médecins passent plus de temps dans les cliniques. Il faut se lever tôt pour en choper un. 

Les médecins sont aussi préoccupés par des salaires qu’ils jugent insatisfaisants dans le secteur public et préoccupants par leur manque de déontologie. Ce manque est décrié au sein même de la profession et en dehors par les patients ou leurs familles. C’est un peu comme si peu à peu les médecins gabonais avaient renoncé au serment d’Hippocrate. Même pour une naissance par césarienne, il faut d’abord faire un dépôt. À l’arrière-pays, l’absence de dispensaires expose les populations à des risques multiformes, sans compter les médecins qui s’offusquent d’être exilés dans ces contrées lointaines. 

Et là, c’est sans aborder le manque de lits d’accouchement et d’équipements élémentaires dans les centres hospitaliers. Il faut également relever les différentes causes du taux de mortalité infantile et maternelle élevé ainsi que les conditions de vie des personnes en situation de handicap.

Égalité des sexes

La parité sort des discours et les femmes sont de plus en plus représentées dans les différents métiers. Il y a des avancées assez perceptibles dans ce sens. Les femmes sont formées aux métiers considérés comme des métiers d’homme sans aucune contestation. On peut se prévaloir d’avoir un État qui se préoccupe d’égalité homme-femme même s’il reste encore beaucoup à faire pour atteindre la parité. Le pouvoir semble encore être une affaire d’hommes au Gabon même si le nombre de femmes dans les instances publiques de décision croît substantiellement.

Accès à l’eau salubre et à l’assainissement

La situation dans la distribution de l’eau potable au Gabon est juste triste. Le système d’alimentation et la qualité de l’eau laissent à désirer même si l’assainissement du Gabon face aux pays voisins comme le Cameroun, est appréciable. La principale compagnie d’eau et d’électricité est défaillante. La création de nouvelles usines à eau devient primordiale. Les usines actuelles ne fournissent qu’à 47 localités, alors que le Gabon compte  52 communes. L’approvisionnement en eau équivaut à 360 000 mètres cube/jour et cela reste insuffisant pour répondre au besoin de toute la population. 

Il nous faut puiser de l’eau en pleine capitale jusque dans les puits. Sans parler des zones désenclavées de Libreville et ses environs qui n’ont jamais eu accès à l’eau potable. En comparaison à la Guinée équatoriale voisine, la cherté de l’eau et son accessibilité soulèvent des questionnements. À quand, au juste, la gratuité de l’eau au Gabon?

Recours aux énergies renouvelables

Quand on parle d’énergie propre, d’énergie renouvelable, à nous qui avons de sérieux problèmes d’approvisionnement en énergie tout court, que peut-on dire? Malgré les chutes, les saisons soumettent le Gabon à la Guinée Equatoriale et le matériel de la SEEG est semble obsolète à cause du manque d’entretien. La longue et inlassable saison des délestages n’est pas en phase de terminer. Et pour couronner le tout, le prix de l’électricité n’est pas abordable malgré l’initiative des compteurs sociaux. Il est toujours et plus que jamais nécessaire d’investir dans les panneaux solaires, les éoliennes, les hydroliennes et tous les concepts nouveaux qui peuvent garantir l’accès à une énergie propre et renouvelable aux populations rurales et vivrières. 

Les projets d’installation de lampadaires solaires stagnent. Vivement que les pouvoirs publics se décident enfin à investir dans les énergies renouvelables, à installer par exemple une centrale solaire au Gabon comme c’est le cas au Maroc et au Sénégal. Produire de l’énergie saine nous permettra de baisser considérablement les coûts liés et d’accéder à l’électricité pour tous.

Accès à des emplois décents

Pour provoquer la croissance économique, il faudra parler en termes d’employabilité au Gabon car, comme partout en Afrique, le taux de chômage est très élevé. Délivrer des formations certifiantes ne suffit pas, il faut créer des chantiers, des emplois, des opportunités pour sortir les jeunes et les nouveaux diplômés du chômage. 

Selon le FMI, il y a près de 400.000 jeunes au chômage au Gabon, c’est déjà un quart de la population. Créer 20.000 emplois par année malgré les promesses de l’État s’avère un feu de paille. On décompte plus de 800.000 gabonais économiquement faibles, et les crises économiques qui se succèdent font que les jeunes en pâtissent. Avant d’aborder la décence du travail, selon la définition de l’OIT, le SMIG au Gabon est inacceptable et ne correspond pas au besoin réel des Gabonais et n’est pas en phase avec les ressources produites et exploitées dans ce pays.

Après avoir rabâché des termes comme l’égalité des chances, on réalise que les marchés de l’emploi et du travail sont des milieux très fermés et soumis au réseautage de proximité. L’État, le principal employeur au Gabon, a stoppé les concours d’admission à la fonction publique depuis 2 ans pour encore 1 an, ce qui réduit considérablement l’accès des emplois stables pour les jeunes diplômés. Avec un taux de chômage de 35% des jeunes de 15 à 24 ans, le fossé se creuse davantage. 

L’inadéquation formation/emploi fait que nous ne formions pas d’employés potentiels mais des chômeurs potentiels. Le gouvernement a mis en place deux programmes. Le PROCEJPS (Projet de renforcement des capacités pour l’employabilité des jeunes et pour l’amélioration de la protection sociale) et le programme du PRODECE (Projet de développement des compétences et de l’employabilité). Souvenons-nous du slogan “un jeune, un métier” avec la contribution financière de la Banque africaine de développement (BAD). Ces deux programmes étaient très ambitieux, mais les entreprises exigent d’avoir de l’expérience. Chaque mois, pendant 6 mois, les jeunes reçoivent 80 000 Frs CFA (le SMIG) pour effectuer des stages en entreprise. L’État doit prendre le problème encore plus au sérieux et faire montre de bonne volonté pour réduire la fracture sociale en encourageant les uns et les autres à se lancer dans l’entrepreneuriat pour pouvoir, à leur tour, créer des emplois.

Bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l’innovation

Construire autour des savoir-faire et des compétences individuelles et communes de nouvelles infrastructures respectueuses de l’environnement, c’est tout un défi pour le Gabon. Comment résumer la situation des industries de l’innovation et des infrastructures? 

On pense à toutes les maquettes de projets tels que « La Baie des rois ». Le chef de l’état avait promis la construction de 5000 logements par an. Mais même fournir des maisons préfabriquées, c’est compliqué. La route de la Nationale 1 semble être en éternelle construction. À quoi sert le Palais des sports ? L’entretien des stades est soumis aux humeurs des supporters sur les réseaux sociaux. Sans compter le fait que certaines artères des stades sont transformées en salle de classe. Prenons le cas du stade Omnisports. Combien d’années faudra-t-il pour le rénover? 

Les jeunes ne sont pas formés dans l’innovation hormis en ce qui concerne le digital. Les applications pleuvent de partout grâce aux incubateurs qui forment dans les métiers du numérique et dans l’entrepreneuriat. Aucune structure ne propose de faire dans l’innovation technologique et aucune structure n’appuie réellement ce secteur. Trouver des procédés innovants serait difficile dans un pays où l’intelligence artificielle n’est enseignée nulle part. On compte cependant du bout des bois les personnes qui travaillent dans la cybersécurité, les métiers de ce type ne sont pas promus au Gabon.

En conclusion, encourager le vivre-ensemble et les productions locales.

Innover dans les domaines porteurs de changement et de mieux-être, c’est tout ce qu’on peut souhaiter à nos gouvernants. En ce qui concerne les inégalités réduites, on en est loin car, près de 10% des personnes les plus riches perçoivent 40% des revenus mondiaux ; c’est le même cas au Gabon. Même en réduisant les salaires des hauts-cadres de l’administration publique, ils n’obtiennent pas de résultats palpables. Pour ce qui est de la paix, de la justice et des institutions efficaces, beaucoup trop de choses restent à faire, même si on peut noter des avancées considérables en ce qui concerne la protection de la biodiversité, la lutte contre les changements climatiques, la vie aquatique et terrestre, le développement humain ne semble pas être au cœur de nos politiques.

Pour vulgariser les ODD (Objectifs du développement durable), il faudrait compter sur le concours de l’État, des organismes locaux et internationaux et les membres de la société civile, parce qu’il ne s’agit pas d’une affaire d’État mais de l’avenir de tout un chacun.

Écrit par

Spécialiste en communication, passionnée de relations humaines et attirée par le progrès, Ika Rosira crée et alimente des plateformes dédiées au développement sous toutes ses formes.

Cliquez pour commenter

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité

Vous aimerez aussi

Dossier

C’est le bilan à mi-parcours du mot d’ordre de boycott lancé par la Convention nationale des syndicats du secteur de l’éducation nationale (Conasysed) qui...

Société

Entre le taux très élevé des taxes relatives à l’exercice de leur activité, les tracasseries policières sous forme de contrôles routiers intempestifs, et l'inertie...

Culture

L’audience relative à l’affaire des artistes gabonais contre le Bureau gabonais des droits d’auteur (Bugada) prévu pour ce 20 juillet n’a plus eu lieu....