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Yvon Moutsinga : « Le 19 septembre 2020 est une date déterminante pour la convergence des luttes »

Pas moins de 16 pays africains sont attendus le samedi 19 septembre 2020 Place de la République à Paris pour une grande manifestation qui rassemblera des mouvements de résistance contre les dictatures africaines, les organisations de militants panafricanistes et des activistes divers, tels les anti-négrophobie et les brigades pour la restitution du patrimoine culturel africain. Une grande première qui marque un tournant décisif vers la convergence des luttes que mènent depuis plusieurs années les diasporas africaines d’Europe et les Afrodescendants pour la libération du continent africain. Afin de comprendre et de mesurer les enjeux de ce rassemblement, Lifeafrica.tv s’est rapproché de monsieur Yvon Moutsinga, un jeune Gabonais, vice-président de l’association Réagir, qui fait partie des organisateurs. Entretien.

Un grand rassemblement de mouvements de résistance et d’activistes panafricains est annoncé pour le samedi 19 septembre prochain, Place de la République à Paris. Vous faites partie du comité d’organisation. Que pouvez-vous nous dire des objectifs visés ?

D’abord merci Lifeafrica.tv pour cette opportunité que vous m’offrez de m’exprimer à travers votre média. Le combat que nous menons est celui de David contre Goliath, puisque nous sommes face à un système qui agit comme une pieuvre, avec des tentacules dans chaque pays africain et une tête qui se situe en Europe, notamment dans un pays comme la France dans lequel des nostalgiques du colonialismes continuent à entretenir, à travers la Françafrique, un réseaux mafieux qui exerce un contrôle total sur ses anciennes colonies. Tous les moyens de visibilité possibles sont très utiles à ce combat. Et votre site d’information a pris une place importante dans ce processus. 

Pour en venir à votre question, nous avons un objectif simple : rassembler ce qui est épars, afin de donner plus de force à la défense des causes africaines. Plusieurs ressortissants des pays africains qui sont malmenés par des dictatures, des guerres et des crises en tous genres, organisent comme il peuvent chacun de son côté des manifestations qui font parfois des coup d’éclat, mais n’ont pas un impact suffisant sur les principales forces contre lesquelles nous luttons. Pour ceux qui me connaissent, je fais partie de ceux qui le font pour le compte du Gabon depuis quatre longues années. D’autres ressortissants africains le font pour leurs pays respectifs, avec des fortunes diverses. Nous pensons qu’en amenant tous ces manifestants vers une mutualisation de nos énergies, le combat pour la liberté et le droit en Afrique aura un plus grand impact. C’est en cela que la date du 19 septembre est déterminante pour le point de départ d’une convergence de toutes nos luttes. 

Nous essayons, à travers cela, de donner un départ à quelque chose de nouveau qui fera en sorte qu’en Europe, la cause africaine ne soit plus un sujet qu’on évoque de temps en temps quand il y a un drame sur lequel il est difficile de fermer les yeux dans la Méditerranée ou quand des soldats français sont tués au Sahel.

Qu’est-ce qui a été déterminant pour que cette prise de conscience d’une nécessité de poser des actes d’ensemble devienne effective ?

Nous y réfléchissions depuis un moment. Il fallait répertorier les principaux mouvements qui avaient une activité constante en France et dans d’autres pays européens. Pour ce qui est du Gabon par exemple, nous avons maintenu notre mouvement de contestation depuis 2016, avec une manifestation tous les samedis, sans discontinuer, sur la place des Droits de l’Homme au Trocadéro, devant notre ambassade et, sporadiquement, en d’autres lieux de la France, de l’Europe et même des Amériques. 

Et puis, il faut savoir qu’il y a eu des faits nouveaux comme le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta au Mali ; et d’autres situation potentiellement explosives comme celle de la Guinée, du Niger, de la Côte d’Ivoire, du Togo, de Djibouti… et bien d’autres pays de la zone sahélienne et alentours, où les brutalités policières sont perpétrées, sans état d’âme, sur des populations qui n’acceptent plus que des tyrans sans aucune légitimité manipulent la Constitution pour se maintenir ad vitam aeternam au pouvoir. 

En Afrique centrale, nous avons en dehors du cas du Gabon où on ne sait plus qui exactement gouverne le pays, la RCA, le Tchad, le Cameroun, la RDC où depuis des années, les autorités locales ferment les yeux sur des actes de barbarie posés contre les populations avec la complicité des multinationales qui alimentent des conflits armés afin de mieux piller les richesses du pays.

Nous estimons que l’indifférence totale dans laquelle s’est murée la communauté internationale pour ne pas faire face à ses responsabilités dans le maintien des dictatures en Afrique, le pillage en bandes organisées des pays africains, et la précarisation des populations locales ne peut pas continuer. Il est plus que jamais temps de leur dire que nous savons qu’ils sont les vrais instigateurs de toute cette barbarie que nous considérons comme un crime contre l’humanités.

Dans la situation du Mali aujourd’hui, on sait que la Cédéao est très active pour tenter d’amener le CNSP à restituer le pouvoir aux civils à une échéance très courte. Votre organisation a-t-elle une position par rapport à cela ?

Le problème avec des instances comme la Cédéao, l’Union Africaine et autres, c’est que celles-ci n’ont pas été créées à l’initiative des Africains. Quand je dis Africains, je parle surtout des peuples. Malheureusement, ces structures sont animées par des gens qui n’ont, pour la plupart, aucune légitimité dans leurs pays respectifs. Et, comble de l’ironie, elles sont entièrement financées par l’Union Européenne, le FMI, la Banque Mondiale, qui n’ont aucun intérêt à ce que l’Afrique s’en sorte. Et vous êtes d’accord avec moi pour dire que leur voix est, en réalité, celle de leurs maîtres qui tiennent les cordons de la bourse grâce à laquelle elles existent.

Le peuple malien est seul fondé à décider de ce qu’il veut faire de son pays. Notre objectif est de les renforcer dans cette lancée. Parce que nous savons que de la réussite de leur autodétermination dépendra celle des autres pays de la zone du Sahel, mais pas seulement. Si des gens comme Alassane Dramane Ouattara, Alpha Condé, Mahamadou Issoufou, Idriss Dehbi qui, contre toutes dispositions des Constitutions de leurs pays, veulent briguer un troisième mandat, sont stoppés net dans leur course, c’est toute l’Afrique subsaharienne qui va s’inscrire dans cette logique. Et les pays comme le Cameroun, le Gabon, le Congo… ne seront pas en reste. 

Parlant justement de cet éveil des peuples africains. Quels sont vos moyens d’atteindre vos cibles à travers vos actions ? Ne pensez-vous pas que votre manque de visibilité sur les médias est un grand handicap ? 

Vous savez, nous autres activistes panafricains, résistants, avons souvent été confrontés à une tendance persistante chez nos détracteurs qui estiment que notre communication à travers les réseaux sociaux n’a aucun impact réel, sinon très peu sur l’opinion. Pourtant, je puis assurer que Facebook, Twitter, WhatsApp et les sites d’information comme le vôtre, sont des canaux de sensibilisations majeurs dans le monde aujourd’hui. Sans ces moyens-là, peut-être que notre combat aurait été juste un petit feu de paille. 

Pour ne prendre que le cas du Gabon, nous savons que nos actions en France et partout dans le monde ont une visibilité beaucoup plus importante que certains en ont vraiment conscience. Et celles-ci suscitent énormément d’espoir chez les populations, maintient allumée la flamme de notre détermination à en finir avec le pouvoir usurpateur et corrompu. Et ceci est valable pour tous les pays d’Afrique. Les gens, pour accéder à la vraie information, se tournent de plus en plus vers ces médias alternatifs. 

Moi je rigole quand j’entends certaines personnes nous traiter de « résistants de Facebook ». J’ai envie de leur demander s’ils comprennent que si eux peuvent voir ce que nous faisons, les autres le peuvent encore plus. 

D’un autre côté, force est de constater que ces gens-là ne viennent plus en France, en Europe, se pavaner comme ils veulent avec l’argent qu’ils volent au peuple. Ils sont obligés de raser les murs quand ils le font ou de rester en Afrique pour rouler leurs grosses cylindrées sur des routes qu’ils n’ont pas construites. Aujourd’hui, ils sont même obligés de se soigner dans les hôpitaux qu’ils n’ont pas construits ou qu’ils n’ont pas équipés. Pour la première fois depuis qu’ils livrent notre pays en pâture à tous les truands internes et de passage, ils vivent les mêmes conditions que les Gabonais qu’ils ont appauvri. C’est la preuve, s’il en faut, que notre action ne compte pas pour des cacahouètes. Mais nous irons plus loin en les poussant vers la porte de sortie et pour cela, ils peuvent compter sur nous.

Un mot pour terminer ?

À tous les Africains de France, d’Europe et d’ailleurs, je dis ceci : nous sommes des héritiers de Thomas Sankara, de Patrice Lumumba, de Kwame Kourouma, de Nasser, de Kadhafi, de Sylvanus Olympio, de Félix-Roland Moumié, et j’en passe… Nous ne pouvons pas continuer à être des peuples esclaves, des peuples dominés. Il est de notre devoir de continuer l’œuvre de libération de l’Afrique qu’ils ont initié en donnant un coup d’arrêt aux forces du mal qui maintiennent nos pays dans la servitude à travers des élites politiques corrompues. Soyons nombreux Place de la République samedi 19 septembre pour dire notre ras-le-bol, et donner corps à notre marche vers la libération totale de l’Afrique, la terre de nos ancêtres.

Les États-Unis d’Amérique ont commencé avec 13 États. Aujourd’hui, ils sont 51 États fédérés en comptant Columbia et plusieurs autres territoires. Nous pouvons réaliser le rêve de nos anciens qui, dès les indépendances, ont nourri l’espoir d’une Afrique fédérée.

« Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie » (Albert Londres).

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