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[Mali] Abdel Kader Maïga: « Notre proposition à Ibrahim Boubacar Keïta n’est pas négociable »

Le mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) met le président Ibrahim Boubacar Keïta dos au mur. Après leur rencontre avec le président du Mali dimanche 5 juillet en vue de discuter du mémorandum qu’ils lui avaient fait parvenir mercredi 1er juillet, leur détermination à obtenir le départ d’Ibrahim Boubacar Keïta est plus que jamais d’actualité. Les participants à cette entrevue en sont ressortis avec le sentiment que le président de la république les a traités avec mépris, ce qui rend obsolètes les propositions de leur mémorandum et les oblige à revenir à leur unique exigence de départ : la démission d’Ibrahim Boubacar Keïta. C’est du moins ce que nous a confié ce lundi 6 juillet Abdel Kader Maïga, membre du comité stratégique du M5-RFP. Entretien.

Interview exclusive Lifeafrica.tv

Une délégation du M5-RFP vient de rencontrer le président Ibrahim Boubacar Keïta sur sa demande. Que doit-on retenir de vos discussions ?

Le président Ibrahim Boubacar Keïta a demandé à nous rencontrer sans nous le signifier dans le respect de la déontologie protocolaire. C’est à travers l’Office des Radio-Télévision du Mali que la plupart d’entre nous avons appris qu’il y avait cette rencontre-là. C’est plus tard que le chef du protocole de la présidence de la république a appelé un d’entre nous pour confirmer que cette rencontre aura lieu. Malgré qu’il n’y eût pas la manière, nous avons quand-même décidé de montrer aux Maliens et à la communauté internationale que nous sommes des patriotes et notre action s’inscrit dans une logique constructive.

Nous sommes donc allés à cette rencontre hier dimanche. Je ne peux pas entrer dans le détail de nos échanges, d’autant plus qu’il n’y aura rien d’extraordinaire à dire. Mais il a quand-même confirmé qu’il a reçu notre mémorandum qui contenait des propositions de sortie de crise. Cependant, il a surtout tenu à nous faire comprendre que lui il est légaliste et qu’il reste dans le cadre strict de la Constitution. Il nous renvoie à une discussion avec la majorité présidentielle. Il nous a également laissé entendre que son gouvernement est en train de déployer tous les efforts nécessaires pour obtenir la libération de l’honorable Soumaïla Cissé, le chef de file de l’opposition qui a été enlevé durant la campagne des législatives.

Pour ce qui nous concerne, nous n’avons pas voulu polémiquer avec lui. Nous lui avons signifié que nous sommes venus pour l’écouter et que nous rendrons compte à notre base.

Ne pensez-vous pas que vous avez raté là une occasion unique de lui faire entendre directement votre voix ?

Monsieur Ibrahim Boubacar Keïta nous a parlé avec une très grande condescendance. Je dirais même qu’il nous a pris de haut, avec beaucoup de mépris. Nous n’avons pas jugé utile de discuter avec quelqu’un qui nous parle avec dédain. Nous nous sommes contentés de lui dire que nous avons entendu ce qu’il a dit.

Pouvez-vous être plus précis quand vous parlez de condescendance et de mépris ?

Le président de la république nous a dit qu’il a bien reçu notre mémorandum. Mais il ne nous a parlé d’aucun point dudit document. Il ne nous a pas dit s’il y avait dans ce document des points qui retiennent son attention ou des points qu’il récuse. Il n’a pas jugé utile de discuter avec nous pour voir si nous n’avons pas d’autres propositions qui seraient plus intéressantes de son point de vue. Il s’est donc mis au-dessus du peuple malien qui manifeste dans la rue et s’est comporté comme un supérieur qui se met à écouter ses subordonnés.

Pour lui, nos interlocuteurs c’est la majorité présidentielle et surtout pas lui. Mais notre mémorandum ne concernait pas la majorité présidentielle. Nous n’avons pas demandé à la majorité de nous aider parce que nous avions des difficultés, et nous n’avons pas sollicité sa médiation. C’est à lui, Ibrahim Boubacar Keïta, que nous avons directement adressé notre message, parce que c’est lui qui est incriminé dans la situation actuelle du Mali.

La moindre des sagesses aurait été qu’il nous dise « je suis disposé à travailler avec vous pour trouver une solution ». Au lieu de cela, il a préféré nous renvoyer vers une majorité présidentielle qu’il a toujours lui-même méprisée, qu’il n’a jamais consulté et qu’il a toujours dénigrée et qui, de toutes manière, est comptable avec lui de son bilan catastrophique. Ça manque un peu de sérieux. Le mépris, il est quand-même total de sa part.

Ibrahim Boubacar Keïta a osé nous dire qu’il est légaliste et qu’il est même surpris de voir que parmi nous il y a de grands juristes. C’est une façon de se moquer de nous ! Et nous n’avons pas jugé utile de discuter avec quelqu’un qui nous méprise.

Irez-vous quand-même à la rencontre de cette majorité présidentielle pour montrer votre bonne volonté ?

Nous ne discuterons pas avec la majorité présidentielle. Nous n’avons que faire avec elle. C’est son départ, c’est la démission d’Ibrahim Boubacar Keïta que nous demandons, point final ! Et nous allons sortir le vendredi 10 juillet pour cela. Nous serons encore plus nombreux que toutes les autres fois.

Nous sommes quand-même allés vers le président d’une manière respectueuse de son statut. Nous nous attendions à ce qu’il nous fasse état de ses propositions après notre mémorandum. Mais puisqu’il nous a pris comme des moins que rien, nous n’avons plus rien à lui dire. Pour nous, même les propositions contenues dans le mémorandum qui lui est parvenu ne nous intéressent plus. Avant, nous lui avions fait une proposition dans laquelle il pouvait quand-même rester en place. Maintenant nous voulons tout simplement qu’il dégage. C’était cela notre objectif de départ. C’est à celui-là que nous sommes revenus. Ibrahim Boubacar Keïta n’a pas voulu nous écouter, mais il saura que nous sommes là.

Les propositions du mémorandum ne laissaient à Ibrahim Boubacar Keïta qu’un rôle figuratif dans l’exécutif. Vous ne vous êtes pas douté qu’il les rejette ?

Monsieur Ibrahim Boubacar Keïta est libre de faire ce qu’il juge opportun pour lui. En ce qui nous concerne, vous devez savoir que c’est dans la douleur que nous en sommes arrivés aux propositions que contenait notre mémorandum. La grande majorité des membres du M5-RFP n’étaient pas du tout d’accord que nous revenions sur notre position initiale qui demandait le départ pur et simple du président et la fin de son régime. Mais, compte tenu de la situation désastreuse du Mali qui nécessite une sortie de crise urgente, prenant également en compte des recommandations de nos partenaires internationaux et de la communauté internationale, nous avons décidé de réfléchir à la possibilité qu’Ibrahim Boubacar Keïta reste en place, si c’est ce qu’il veut. Je vous le redis clairement : c’est dans la douleur que nous avons consenti à lui faire une proposition alternative. Maintenant, ce qu’il faut savoir, c’est que ces propositions n’étaient pas négociables. C’était à prendre ou à laisser.

N’est-ce pas là une manière détournée de faire un coup d’état ?

On ne peut pas parler de coup d’état dans le cas d’une proposition faite dans un esprit tout à fait démocratique. Nous disions qu’Ibrahim Boubacar Keïta avait le choix entre ce que vous appelez un rôle figuratif ou partir. Pour tout vous dire, nous sommes convaincus que lui étant maintenu à la tête du Mali, rien ne pourra marcher. Et ceci nous laissait d’ailleurs dubitatifs par rapport à la proposition que nous lui faisions de rester en place. Ce n’est pas quelque chose qui nous enchantait. Seule la souffrance extrême des Maliens nous a amené à ce compromis. Nous l’avons fait pour préserver l’unité nationale, pour préserver le Mali. Notre intime conviction, c’est que la situation du Mali ne nous permettait pas de faire mieux que ça. Maintenant qu’il nous montre son rejet du compromis, nous n’allons pas courir derrière un document qu’il vient lui-même de rendre caduque.

Peut-on quand-même savoir quelle place réserviez-vous au camp de vos adversaires dans une telle démarche ?

Si vous voulez. Mais ces gens sont libres de dire ce qu’ils veulent. Dans tous les cas, ce n’est pas à eux que nous avons adressé nos propositions. Celles-ci ont été faites à Ibrahim Boubacar Keïta. À la limite, leurs propos ne nous font ni chaud ni froid. Ils sont tous comptables du bilan d’Ibrahim Boubacar Keïta. Cette gestion calamiteuse, cette gestion mafieuse de l’État malien, c’est eux qui l’ont pratiquée. Ils savent très bien quelles sont leurs responsabilités dans la situation actuelle du Mali. Voilà pourquoi ils s’insurgent contre nos propositions.

Il faudrait que vous compreniez bien, monsieur Essonne Mfoulou-Zé, que ce n’est pas par prétention que nous en sommes arrivés là. Ce n’est pas prétentieux de demander le départ d’Ibrahim Boubacar Keïta. L’urgence au Mali aujourd’hui, c’est que nous changions entièrement le système qui a plongé le Mali dans le désastre. Nous voulons changer cette manière népotiste de diriger le Mali, de ramener tout à sa famille, à son clan. L’inconséquence avec laquelle les affaires publiques de ce pays ont été menées est inadmissible. Et changer un système, ce n’est pas changer quelques individus. Les choses ne marcheront pas ainsi.

Nous voulons un changement total des mentalités, une refondation transversale des institutions, de sorte que quiconque se retrouverait à l’avenir à la tête du Mali ne soit plus en mesure de détourner ne serait-ce qu’un centime des deniers publics, ou qu’une infime partie des leviers de la puissance publique à des fins qui ne sont pas la recherche de l’intérêt de l’ensemble des Maliens.

L’entourage d’Ibrahim Boubacar Keïta peut dire ce qu’il veut. Mais nous ne nous sentons aucunement concernés. Nous savons très bien qu’ils comprennent parfaitement les orientations que nous voulons donner à ce pays et que celles-ci ne leur laisseront pas la moindre petite possibilité de voler comme ils ont eu la liberté de le faire en toute impunité au point de mettre le Mali à feu et à sang.

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation qui fait que même le centre du Mali n’est plus sous contrôle. Le nord, n’en parlons même pas, ils ont mis tout ça dans les oubliettes. Et même au sud, rien ne va. Les écoles sont fermées, il n’y a aucune structure de santé qui fonctionne. Les populations manquent de tout : il n’y a pas d’électricité, pas d’eau, pas de travail. L’économie est en ruine et aucune perspective de sortie de crise n’est perceptible de leur point de vue. Nous risquons la partition définitive du Mali et même la disparition du Mali. Parce que c’est l’existence en tant que tel du Mali qui est en jeu avec ce régime-là.

Quels sont les rapports de forces, maintenant que vous considérez que votre proposition a été rejetée ? Que va pouvoir faire le M5-RFP ?

Déjà, à partir du vendredi 10 juillet, nous avons décidé de mobiliser encore plus massivement les Maliens et de sortir dans la rue plus nombreux que ce que nous avons fait le 5 ou le 19 juin. Et la différence, cette fois-ci, c’est que nous passons à la vitesse supérieure. Nous entrons dans une phase de désobéissance civile qui est un droit que nous garantit la Constitution du Mali. Et ça, je peux vous assurer que ce sera l’amorce de quelque chose qui fera date.

Doit-on craindre que la crise du Mali se crispe dans les jours à venir ?

Rien n’est à exclure. Ibrahima Boubacar Keïta ne veut pas discuter. Il affiche une indifférence totale vis-à-vis des cris que pousse la population malienne à son endroit, alors que c’est cette même population qui l’a placé où il est. Il est censé jouer le rôle qui lui a été confié de garantir la stabilité de nos institutions, l’intégrité de notre territoire, et d’œuvrer à la félicité publique. Il n’a donc pas pris la mesure de la situation catastrophique dans laquelle il a plongé le Mali. Il n’a pas non plus compris la détermination des Maliens à prendre en main leur destin. Nous prenons acte et nous le lui ferons savoir à ses dépens.

Propos recueillis par Prince Essonne Mfoulou-Zé

« Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie » (Albert Londres).

1 commentaire

1 commentaire

  1. Baoden

    7 juillet 2020 at 20 h 22 min

    La situation concernant IBK se résume seulement parce qu’il a fait le pouvoir de clan ou de famille d’après tout ce qui vient d’être dit haut. Ce qu’il faut savoir cette famille ou clan est aussi des Maliens. Et aussi ajouter qu’au Mali selon mes expériences socio-professionnelles les Maliens la plupart sont des traîtres. Moi même si je deviens président je mettrais mes proches ou famille autour de moi. Car si tu confié ou appelle des gens pour travailler ensemble, ce ceux ces mêmes personnes qui te trahissent. Je souligne haut fort que le blem d’IBK est a ce niveau. Je dis et redis que le problème du pays n’est pas au niveau d’IBK. Ce sont les Maliens eux même. Ce dis a ce groupe M5-RFP de travailler, contribuer autrement et laisser Le Président traquil. Autrement dit le problème du Mali vient de commencer a nouveau. Ce problème nouveau ce M5-RFP.

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