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[Gabon] Georges Mpaga : « Nous sommes favorables à une transition démocratique, plutôt qu’à une déclaration de vacance du pouvoir »

Le Gabon, un pays aujourd’hui sur les rotules pour cause de mauvaise gouvernance et de corruption endémique, voit la courbe de son potentiel de redressement s’inscrire chaque jour dans une tendance résolument baissière, sans la moindre possibilité de l’inverser. Pour une grande majorité de Gabonais, « Ali Bongo, mal élu en 2009 et en 2016, n’est plus en capacité de gouverner le pays depuis son AVC hémorragique de novembre 2018 à Riyad ». Son absence de toutes les rencontres internationales avant la pandémie liée au virus Covid-19 intrigue, tout comme le fait qu’il délègue systématiquement toutes ses prestations publiques, ne communiquant plus que par réseaux sociaux interposés et par des vidéos muettes. Alors que des voix s’élèvent pour exiger la déclaration de la vacance du pouvoir et l’organisation d’une nouvelle élection, Georges Mpaga, président du Réseau des organisations libres de la société civile pour la bonne gouvernance au Gabon (Rolbg), lui, préfère parler de transition. Entretien

Monsieur Georges Mpaga, récemment, vous avez fait une déclaration dans laquelle vous vous dites favorable à l’instauration d’une période de transition, plutôt que la vacance du pouvoir. Pensez-vous que c’est la solution au problème gabonais aujourd’hui ?

La transition est une meilleure solution que la déclaration de la vacance du pouvoir pour une raison simple : la vacance du pouvoir supposera que les institutions actuelles seront aussi celles qui gèreront le processus électorale dans cette immédiateté. Mais nous sommes tous conscients que ces institutions sont frappées d’illégitimité et sont compromises dans des précédents qui ont démontré leur incapacité à être impartiales. Il n’est un secret pour personne que celles-ci, à cause de ce passif, ne représentent pas les intérêts du peuple gabonais. Elles sont obsolètes et caractéristiques de la faillite démocratique du Gabon, de la faillite des droits de l’Homme, de la faillite de tout le système économique. 

Le pays est sur les rotules. Il faut remettre toutes ces institutions à plat et mettre en place rapidement une période de transition qui n’excéderait pas deux ans. Celle-ci devra aboutir à une nouvelle république à travers l’élaboration d’une nouvelle Constitution. Ensuite, l’organisation d’élections générales, libres, honnêtes et transparentes, sous la supervision de la communauté internationale, ouvrira la voie à la reconstruction. 

Concrètement, comment on obtient tout cela ?

C’est par la volonté du peuple. Les Maliens l’ont bien compris : ils sont en train de se battre pour cela. Avant eux, les Burkinabés l’ont obtenu et d’autres pays africains aussi. Il faut que le peuple se lève pour imposer sa volonté. C’est lui le Souverain. Il est question que les démocrates s’organisent. La société civile, les partis politiques, la diaspora, la presse libre… Chacun doit s’investir pour que le Gabon s’engage véritablement sur le chemin de la liberté.

Comment voyez-vous les étapes de cette transition ?

La première chose, c’est l’organisation. Et il faut savoir qu’il y a des bonnes volontés partout, même au sein du parti au pouvoir. On sait que le Parti Démocratique Gabonais connait des dissidences en son sein en ce moment. Il faut juste que nous parvenions à sortir de la distraction pour aller vers l’essentiel. 

Mais tout ceci doit se faire dans le sens d’un apaisement général, parce que ceux qui s’accrochent au pouvoir ont peur du sort qui pourrait leur être réservé dans le cas où ils perdraient le pouvoir. Ils ont commis tellement de choses répréhensibles qu’ils ont peur des représailles.

Nous sommes en train de travailler sur une feuille de route au sein de la société civile pour une transition démocratique apaisée au Gabon. C’est une réflexion qui est déjà très avancée. Le moment venu, nous sortirons un manifeste qui sera distribué à toutes les forces en présence.

En un mot que préconisez vous, une porte de sortie pour le clan Bongo ? Cette proposition avait déjà été mise sur la table en 2016 et Ali Bongo l’a rejetée.

C’est vrai. Mais beaucoup d’eau a passé sous les ponts depuis ce temps, et ils sont conscients aujourd’hui qu’ils ne parviendront jamais à stabiliser les choses. Je suis convaincu qu’ils seront plus réceptifs à cette proposition, si celle-ci leur est faite avec une garantie d’immunité et si le pays s’engage sur la voie de la vérité et de la réconciliation. 

L’état actuel du pays montre bien que les séquelles du contentieux électoral de 2016 sont toujours là, que la situation n’est pas près de s’améliorer. Le pays est paralysé et le chef de l’État est le grand absent de la partie. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le système actuel ne pourra pas surmonter un autre conflit électoral. Et, cette fois, ils savent bien que l’issue pourrait leur être fatale. Ou alors, s’ils ne le savent pas assez, il faut le leur faire comprendre. 

Aller vers une vacance du pouvoir aujourd’hui et vouloir à tout prix organiser une élection dans laquelle ils chercheraient à conserver le fauteuil présidentiel sera le départ d’une situation aux conséquences très graves pour le pays qui pourrait se retrouver sous occupation de Puissances étrangères. Les Gabonais vont s’entretuer et eux-mêmes ne seront pas à l’abri.

Le dossier du Gabon relatif aux événements de 2016 est toujours en cours à la cour pénale internationale. Il y a donc comme une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes. Et de nouveaux massacres de populations comme en 2016 les soumettraient à un avenir incertain. La meilleure façon pour tout le monde d’éviter le pire, c’est la négociation, c’est un dialogue qui aboutisse à l’apaisement. Cela s’est fait au Congo Démocratique, même si ce n’est pas la panacée pour eux aujourd’hui. Mais nous sommes capables de mettre en place ces bases et choisir le salut du Gabon en priorité.  

Qui d’autre partage cette idée avec vous aujourd’hui ? Je vous rappelle que Jean Ping réclame toujours sa victoire à l’élection de 2016.

Si Jean Ping est capable d’obtenir ce qu’il réclame de sorte que les Gabonais puissent passer rapidement à autre chose, ce ne serait que du bonheur pour tout le monde. Mais si nous en sommes-là aujourd’hui, c’est que cette solution ne passe pas. Pour ce qui nous concerne, nous lançons une idée qui fait son bonhomme de chemin. 

Et celle-ci est déjà partagée par un certain nombre d’organisations de la société civile et même de partis politiques qui sont convaincus que la situation du pays est des plus intenables et que tout le monde doit pouvoir faire un sacrifice. Le statu quo ou la violence vont être préjudiciables pour tout le monde. Nous avons le devoir impérieux de sauver la Nation gabonaise. 

C’est une alternative à l’embourbement, à la violence et aux règlements de comptes que nous proposons. La voie royale aujourd’hui est celle du pardon, de la réconciliation, de la réparation et de la restitution. Plusieurs familles ont été endeuillées dans ce pays, les droits de tant d’autres ont été bafoués. Il faut leur demander pardon, il faut les restaurer dans leur dignité, réparer les vies qui ont été brisé et ensuite passer à une nouvelle république.

La société civile gabonaise ne se lasse plus de multiplier des actions en vue de voir plus clair dans la situation politique du pays. Comment expliquez-vous cette immixtion dans un domaine qui n’est pas celui des organisations non gouvernementales ? 

Quand vous dites « société civile », il faut savoir que vous parlez d’ensembles qui regroupent des Gabonais. Nous sommes des citoyens, nous sommes le peuple. Et le fait d’être regroupés dans des organisations non gouvernementales ne nous enlève pas nos droits en tant que membres du Souverain. D’ailleurs, faut-il vous le rappeler ? Je suis président du Réseau des organisations libres de la société civile pour la bonne gouvernance au Gabon (Rolbg). 

C’est la principale organisation de défense des Droits de l’Homme au Gabon. Je suis, entre autres, un des partenaires locaux de la plateforme de Dublin, Front-Line Defenders, qui est une des plus grandes coalitions mondiales des organisations de défense des Droits humains. Quand nous parlons de bonne gouvernance ou des Droits et Libertés, nous sommes de plain-pied dans notre rôle.

Comment décrivez-vous la situation qui prévaut au Gabon aujourd’hui ?

Le sommet de l’État au Gabon inquiète, pace qu’il est plongé dans une crise de légitimité et de gouvernance sans précédent. Celle-ci se traduit par le fait qu’à ce jour, personne ne peut dire avec certitude qui tient les rênes du pouvoir au Gabon. Ce dont nous, acteurs de la société civile, sommes convaincus, c’est qu’Ali Bongo ne dirige plus le Gabon depuis deux ans. Et, forcément, la grande question qui se pose c’est : qui le fait à sa place et en vertu de quoi ?

Pouvez-vous être plus clair ?

Depuis l’accident vasculaire cérébral d’Ali Bongo Ondimba en novembre 2018 à Riyad, les gouvernements successifs ont multiplié des pirouettes et des subterfuges visant à faire croire que le président de la république s’en est miraculeusement sorti sans grands dommages et qu’à ce titre il serait en pleine possession de ses capacités physiques et intellectuelles. Mais dans le même temps, ils se sont curieusement opposés à toutes les demandes qui leur ont été faites dans le but de rassurer l’opinion publique sur ce qu’ils affirment eux-mêmes. Comment donc comprendre un tel refus d’une démarche qui aurait dû les conforter dans leur propre logique et rassurer en même temps les citoyens ?

Au vu de cela, nous, citoyens, nous acteurs de la société civiles, ne sommes plus convaincus qu’Ali Bongo soit réellement en capacité de diriger, de gouverner, de donner des ordres et d’orienter la politique de son gouvernement. 

Ce que nous observons et qui est tout à fait inadmissible, c’est une imposture au sommet de l’État. Il y a une immixtion dans l’exécutif du pays de personnes non autorisées, constitutionnellement méconnues, qui prennent leurs aises dans la conduite des affaires en procédant à des nominations, avec des problèmes de signature et tout ce qui s’en suit.  

Et ces personnes sont connues de tous. Ce sont des membres de la famille et de l’entourage du président à qui, ni le peuple, ni la constitution, ne reconnaissent aucune légitimité. Nous en sommes au Gabon aujourd’hui réduits à la même configuration que l’Algérie sous Bouteflika. La république est prise en otage par des individus mal intentionnés qui ont fait main basse sur la première institution du pays.

La conséquence de tout ceci est une confusion des genres qui compromet gravement notre démocratie et entraine des effets pervers qui sont perceptibles à travers le marasme économique dans lequel le pays s’enfonce jour après jour. Plus rien ne fonctionne normalement.

 Le pays s’endette en contractant des emprunts tous les deux, trois mois. Mais personne ne peut dire où cet argent a réellement été investi. Le bilan des gouvernements successifs sous Ali Bongo sont tous catastrophiques. Aujourd’hui le Gabon est sous perfusion de la communauté internationale. La corruption est endémique et généralisée. 

Jamais au temps d’Omar Bongo il n’y a eu autant de corruption, autant de détournements. Le système de prédation est généralisé et finit par étouffer le pays. Tous les budgets qui sont alloués au développement, tous les emprunts sont détournés.  Et les seules réponses du gouvernement face aux interrogations des citoyens, c’est un durcissement de l’appareil répressif avec une réforme du code pénal qui interdit tout, jusqu’à la liberté d’expression.

Ali Bongo n’est plus en pleine possession de ses moyens. C’est un point de vue qu’on a largement entendu. Cependant, en l’absence de la possibilité de s’en assurer, comment pouvez-vous l’affirmer avec certitude ?

Nous le disons en fonction de ce que nous observons. Les fait que je viens de vous décrire constituent un faisceau de présomptions qui nous conforte dans cette certitude. Maintenant, c’est à eux qu’il appartient de nous convaincre de notre erreur, si cela est effectivement le cas. 

Nous ne demandons d’ailleurs pas grand-chose. Ils ont tout fait pour contrer les actions juridiques entreprises par le groupe Appel à Agir. On comprend donc qu’ils redoutent l’idée d’une soumission à un examen médical. Mais, au moins pourrait-il accepter une discussion publique avec la société civile, ou organiser ne serait-ce qu’une conférence de presse en direct des médias nationaux et internationaux. Ce qui arrangerait tout le monde et lui en premier, serait qu’Ali Bongo prenne la parole de façon publique et en direct et se livre à un exercice qu’il a toujours bien aimé qui est le jeu de questions-réponses. 

C’est le moyen le plus simple de nous démontrer qu’il a toujours tous ses réflexes, qu’il peut comprendre et gérer des situations complexes et reste capable de tenir un raisonnement. Toutes choses que toutes les photos qui sont publiées de lui et toutes les vidéos muettes dont ils inondent les réseaux sociaux ne peuvent pas faire. 

N’y a-t-il pas d’autres moyens plus « constitutionnels » de l’obliger à faire la preuve de ses capacités ?

Je ne vous apprends rien si je vous dis que les moyens constitutionnels sont totalement verrouillés. La Cour Constitutionnelle est frappée de conflit d’intérêt, parce qu’elle est présidée par un membre de la famille et a, de toutes manières, largement démontré son parti pris, sa malhonnêteté, dans sa lecture du Droit depuis que s’enchaînent les contentieux électoraux et autres crimes contre la démocratie dans le pays. Cette cour ne peut plus être l’arbitre lorsque la première institution du pays est en cause et nous pouvons pas lui faire confiance, parce que c’est un organe qui est dépourvu de toute légitimité et de toute crédibilité. 

Que proposez-vous dans ce cas ?

En tant que peuple, nous avons tous les moyens pacifiques et légaux que nous garantit la Constitution. Même si, au Gabon, on ne sait plus vraiment ce que vaut notre Loi fondamentale aujourd’hui pour l’avoir si souvent vue violée, c’est à nous qu’il appartient de nous en saisir et de nous réclamer des droits qu’elle nous garantit et recourir, par exemple, à la non-violence active. Nous devons acculer les gens qui tiennent le pays en otage. C’est la famille du président et, surtout, tous les prédateurs qui sont dans le cabinet présidentiel autour de sa famille, qui constituent aujourd’hui les facteurs bloquants. Il faut dénoncer ces gens-là et mettre la pression sur eux.

La république doit se lever. Les ONG, la société civile, ont véritablement un rôle à prendre dans cette lutte ; y compris les églises et les partis politiques. C’est tout le monde qui doit se mobiliser pour mettre fin à cette imposture qui fait qu’un gang dirige le pays à la place la personne légitime.

Et vous pensez ce que vous dites là possible avec la réforme du code pénale qui engage le Gabon dans un régime du tout interdit ?

Mais la société civile ne reconnait pas cette réforme du code pénal. Elle est inconstitutionnelle et contraire à toutes les valeurs démocratiques et culturelles de notre pays et au pacte international relatif aux droits civiques et politiques, à la charte africaine des droits de l’Homme, et à la charte africaine sur la démocratie. Ceux qui ont pris l’initiative et opéré cette réforme ont violé la Constitution. C’est un code pénal qui ne peut pas rester en vigueur. Il est liberticide, inique et anticonstitutionnel.

Nous, à la société civile, nous allons démembrer ce code, nous allons l’attaquer devant les juridictions internationales et mettre toute la pression afin que celui-ci soit retiré. Et si ces gens-là résistent, ils seront considérés comme des terroristes. La société civile a ce pouvoir de mettre ces gens à genoux en demandant et en obtenant des sanctions internationales contre eux. Et je puis vous dire que nous y travaillons. 

« Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie » (Albert Londres).

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