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[Bénin] Justice : Qui veut noyer le scandale des ambulances ?

Lorsque le scandale a éclaté, il y a un an, jour pour jour, le chiffre 493 830 000 FCFA était celui qui avait choqué les Béninois dans une affaire d’acquisition par l’État de cinq ambulances dotées d’équipements modernes. Le marché, signé le 17 septembre 2018, fixait le montant à l’unité des véhicules médicalisés de type fourgonnette 4×4 Mercedes à plus de 90 000 000 Frs Cfa. L’Autorité nationale de lutte contre la corruption (ANLC) s’est saisie du dossier, a diligenté une enquête. Mais à ce jour, les Béninois attendent toujours les conclusions de celle-ci.

L’affaire dite du « marché des ambulances », révélée il y a un an à Cotonou, a choqué l’opinion béninoise à la suite de la découverte de « graves irrégularités » dans une sombre histoire de montage financier douteux autour de l’acquisition de cinq véhicules médicalisés pour le compte des hôpitaux du Bénin. Le chiffre avancé pour le coût total de cette opération était estimé à 493 830 000 Frs Cfa. Et c’est ce montant qui est apparu comme astronomique à l’opinion béninoise, puisque celui-ci portait le coût unitaire des véhicules médicalisés de type fourgonnette 4×4 Mercedes à plus de 90 000 000 Frs Cfa. Un scandale aux yeux de l’opinion.

La presse nationale, la société civile et l’opposition au président Patrice Talon, en ont fait des choux gras ; ce qui a obligé l’Autorité nationale de lutte contre la corruption à se saisir du dossier. Afin de faire toute la lumière sur cette opération, l’Anlc a notamment convié à une série de réunions le ministère chargé de la santé, tous les membres de la commission ayant étudié le dossier et le fournisseur des ambulances. Il en a résulté que d’énormes « irrégularités » entachaient le dossier. Une enquête a donc été ouverte. Celle-ci a donné lieu à des conclusions qui n’ont pas été rendues publiques. Cependant, il y a environ cinq mois, un rapport en a été transmis aux autorités judiciaires du pays. Et depuis lors, plus personne n’en a entendu parler.

Un silence qui en dit long… 

Selon l’ancien président de l’Anlc qui a conduit les enquêtes ouverte sur cette affaire, « les ambulances qui ont été livrées au Bénin, sont des véhicules qui ne sont pas destinés pour circuler sur le territoire béninois ». Jean Baptiste Elias évoque des cas de faux documents et laisse entendre que « l’attestation de bonne fin d’exécution fournie, qui a permis de gagner le marché est une fausse attestation ». Les résultats des investigations n’ayant pas été contestés par aucun des invités aux réunions de l’Anlc, le rapport produit a été envoyé au président de la république, ainsi qu’au ministre de l’économie et des finances, au ministre de la santé, à l’Autorité de régulation des marchés publics, à l’agence judiciaire du trésor, et à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). 

Pourtant, jusqu’à ce jour, aucune action n’a été menée, ni par l’exécutif, ni par le judiciaire, afin de déterminer les responsabilités. Tout porte à croire qu’il y a derrière ce dossier que personne ne s’empresse de classer parmi les priorités, une volonté pure et simple d’orchestrer son oubli volontaire. 

En effet, le silence qui pèse sur cette affaire contraste avec la célérité affichée jusque-là par le pouvoir en ce qui concerne l’assainissement de la vie publique. On se souviendra que le régime de Patrice Talon était présenté comme celui de la rupture. En créant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), le président de la République disait vouloir impulser une dynamique nouvelle dans la lutte contre la corruption. Seulement, la léthargie constatée autour du « scandale du marché des ambulances » exhume les critiques et ravive les dénonciations. 

Dans les services du ministère de la santé, personne ne veut aborder le sujet. Les plus bavards parlent d’une « affaire des chefs ». Les membres de la commission ayant étudié le dossier ne sont toujours pas inquiétés, et encore moins le fournisseur des ambulances. Pour certaines sources proches de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme, le dossier est aux mains de la Brigade économique et financière (Bef). Et cette dernière serait en train de faire ses investigations. D’autres sources confient sans plus de détails, que les enquêteurs ne pourront rien faire, car « les loups ne se mangent pas entre eux ». Un point de vue qui pourrait finalement donner raison à ceux qui pensent que « l’affaire couve sous les ailes du pouvoir ».

La crédibilité de la justice en jeu.

Très critiquée et accusée d’être à la solde du régime en place, la Justice se doit de saisir l’opportunité que lui offre ce dossier pour laver l’opprobre. Autrement, l’affaire du scandale des ambulances risque d’enfoncer le clou et de définitivement jeter l’indignité sur le pouvoir judiciaire. 

Créée pour connaître des crimes économiques et des faits de terrorisme, la Criet a jugé et condamné des acteurs politiques et économiques des plus en vue de l’opposition. Toutes les affaires y sont passées. Logiquement, les Béninois s’attendent à ce que le cap soit maintenu et que les appréhensions soient infirmées. Le tableau de la Criet fait voir de lourdes condamnations, essentiellement à l’endroit des opposants, d’où s’exondent les fétidités qui sont collées à l’institution. On se rappelle que cette Cour qui n’a pas fini d’essuyer les critiques, a condamné Sébastien Ajavon et Komi Koutché respectivement à 20 ans de prison. Valentin Djènontin et Léhady Soglo, à 10 ans, Sévérin Adjovi à 7 ans, Lionel Zinsou à 5 ans de prison. Et avec les atermoiements de l’affaire des ambulances qui, vraisemblablement, touche des apparatchiks du pouvoir, pourraient faire définitivement paraitre le système judiciaire béninois comme pratiquant tout simplement la justice du plus fort.

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