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Ardiouma Sirima : « Aucune cause africaine ne sera plus orpheline désormais »

« Les Africains ne se tairont plus sur le sort qui leur est fait ». C’est la leçon qu’il tire de la mobilisation des diasporas africaines et afrodescendantes, Place de la République à Paris, le samedi 19 septembre dernier à l’appel de ressortissants de 18 pays africains. Ardiouma Sirima, secrétaire exécutif de La dynamique unitaire panafricaine à l’initiative de cette manifestation, revient avec nous sur l’événement et les grands enjeux autour de celui-ci ; notamment la mutualisation des énergies en vue d’une convergences des luttes pour la Cause Noire et contre le pillage de l’Afrique à travers ses élites politiques corrompues.

Environ 2000 personnes ont répondu à votre appel de samedi 19 septembre dernier Place de la République à Paris. Quels étaient les objectifs recherchés par cette mobilisation ?

Notre premier objectif était de mesurer notre capacité à mutualiser nos ressources militantes, nos idées, nos propositions ; ce qui, à nos yeux, était très important en termes d’organisation. Quant à la finalité de cette action, il est désormais question de mener le combat pour la souveraineté de l’Afrique à une échelle beaucoup plus large, qui nous permettra de sortir du manque de visibilité dont souffrent beaucoup de combats que les diasporas africaines mènent de manière sporadique. Ensemble, nous estimons que nous aurons plus de force pour interpeller, aussi bien sur le continent que dans l’opinion internationale, l’ensembles des institutions qui conditionnent le sort des Africains. Nous amenons ainsi la diaspora africaine à prendre toute sa place aux côtés des forces vives et des populations africaines qui sont résolument déterminées à faire triompher la souveraineté africaine.

On a déjà vu plusieurs tentatives de fédération des mouvements panafricains échouer dans l’œuf. Pensez-vous que, cette fois, le cap que vous vous fixez pourra être maintenu ? 

C’est ce que nous nous attelons à rendre possible. Nous sommes conscients de l’existence de plusieurs plateformes avant la nôtre. Mais aujourd’hui, il faut reconnaitre que ces nombreux contre-coups dont vous parlez nous ont permis d’identifier les écueils. Pour parvenir à rassembler toutes les structures qui ont pris part à notre première sortie publique de samedi dernier, nous sommes allés vers les diasporas, pays par pays et nous comptons aujourd’hui 18 pays dont la diaspora a répondu présent et environ 55 organisations qui sont signataires. Compte tenu de l’actualité qui induit des questions transversales pour certains d’entre eux, il s’agit essentiellement des pays subsahariens de l’espace francophone. Mais nous sommes également en discussion avec les pays du Maghreb. Et des discussions avec les pays de l’espace anglophone sont également envisagées. Tout comme nous avons sollicité d’autres réseaux panafricains existants, notamment : la Ligue Panafricaine Umoja, le Mouvement Fédéraliste Panafricaniste, l’Amicale Panafricaine, le Comité International Joseph Kizerbo, K-Mbutu. Ce sont là des réseaux qui existent, mais qui ne travaillaient pas forcément ensemble jusqu’ici.

En quoi cette démarche change-t-elle des autres qui ont été entreprises jusqu’ici ?

Ce qui change des démarches antérieures, c’est que nous n’essayons pas de rechercher l’unanimisme et nous n’avons nullement besoin de conduire les uns et les autres vers une structure monolithique. Le monde aujourd’hui fonctionne par des réseaux. L’unité dans l’action est, à nos yeux, suffisante pour une convergence des luttes. Chaque structure, chaque mouvement, chaque organisation garde son indépendance et reste sur ses objectifs. Nous ne serons certainement pas d’accord sur tout, ce serait d’ailleurs inquiétant si ça devait être le cas. Nous allons juste partager l’essentiel ; c’est-à-dire toutes les questions qui se dégagent comme étant transversales à nos différents combats. Nous gardons intacte cette polyphonie, tout en nous assurant qu’il s’en dégage une harmonie, et en évitant de nous laisser aller à la cacophonie. C’est notre pari du moment. 

Après cette première sortie dans les conditions que vous avez décrites, quel est votre sentiment ?

Je pense que le sentiment de satisfaction est partagé par toutes les actrices et par tous les acteurs. Nous pensons que nous avons pris date dans notre combat, tout en restant modestes dans notre autosatisfaction. Mais notre conviction est que nous avons pris une option qui nous permettra de toucher l’opinion. Parce que, voyez-vous, ce qui a fait jusqu’ici que les luttes africaines n’aboutissent pas, c’est parce qu’elles n’inscrivent pas leurs actions dans l’opinion mondiale. Or, sans toucher l’opinion internationale, une lutte telle celle que mènent beaucoup d’Africains reste orpheline. Elle n’a aucun impact. C’est précisément ce que nous avons compris. Et le grand enjeu pour notre diaspora, c’est de nous assurer qu’aucune cause africaine ne sera plus orpheline désormais. Les Africains ne se tairont plus sur le sort qui leur est fait. Nous serons là pour être des réceptacles, pour donner une autre dimension, un écho retentissant à tous les combats que les Africains mènent sur le continent et dans la diaspora.

Je prends quelques exemples : si aujourd’hui les Gabonais se lèvent pour dire qu’ils ne veulent plus être dirigés par une image – parce que Ali Bongo aujourd’hui, c’est une image, rien d’autre – nous relayeront leurs actions au niveau international. Le Cameroun, c’est pareil : Paul Biya est absent. Les Camerounais ne le voient pas. Mais pour nous, le cas Ali Bongo ne peut plus rester un problème gabonais. Paul Biya ne peut plus rester une affaire de Camerounais. Tout comme Alassane Ouattara ou Alpha Condé, Faure Gnassingbé, et que sais-je encore… ne peuvent plus être les affaires des Ivoiriens, des Guinéens, des Togolais. Et c’est à nous, diasporas africaines, qu’il appartient d’en faire un problème dans l’opinion internationale. 

C’est aussi le cas pour la question du rejet massif par les peuples africains du troisième mandat qui est une question transversale à la plupart des pays africains de l’espace francophone. Nous portons chevillée au corps cette lutte qui consiste à dire stop à tous ces dirigeants africains inféodés qui sont poussés par leurs tutelles à violer des Constitutions. Du moins le cas des pays où la constitution limite de manière expresse les conditions de renouvellement de candidature et de maintien au pouvoir. Donc, aussi bien les présidents en exercice qui ont déjà déclaré leur intention de se présenter alors que les dispositions constitutionnelles de leurs pays respectifs stipulent autre chose comme Alassane Ouattara, Alpha Condé, que là où c’est latent comme au Sénégal, au Togo ou ailleurs, nous ne les laisserons plus faire de tels aventures prospérer. 

Pour vous, le plus grand problème des populations africaines aujourd’hui c’est le troisième mandat ?

Le nombre de mandats n’est qu’un aspect mineur de notre combat. Nous nous battons avant tout contre tous ces régimes qui fonctionnent sur la base de la violation flagrante des Constitutions et des droits des peuples. Nous nous battons contre ces régimes qui sont complètement vassalisés et qui sacrifient leurs populations pour mieux servir leurs puissances tutélaires devant lesquelles ils sont à genoux. Nous savons que ce sont ces forces tutélaires qui sont les véritables détenteurs du pouvoir dans ces pays. Et parmi ces puissances tutélaires, il y a en première ligne la Françafrique. Ce sont quelques points de convergence autour desquels l’ensemble des structures qui agissent sous notre coordination se retrouvent sans ambiguïté. 

Cependant, il n’y a pas que ces points négatifs qui justifient notre combat. Il y a également des points positifs qui nous permettent de nous accorder dans ce que nous avons engagé. C’est, entre autres, l’affirmation qu’il y a désormais une Afrique qui est debout pour prendre en main son destin et qui ne va plus jamais s’asseoir. Notamment la jeunesse et les femmes. À l’opposé de tous ces continents où la population est vieillissante, l’Afrique peut compter sur sa véritable richesse qui est constituée de sa jeunesse et de ses femmes, bien au-delà des richesses de son sol et de son sous-sol. Ce sont ces catégories de la population africaine qui vont assurer le développement de l’Afrique et faire en sorte que ce continent se positionne dans 15, 20, 30 ans comme étant le continent du 21ème siècle. C’est en cela aussi que consiste notre combat. Et ce que nous avons fait samedi a posé les jalons de cette dynamique. Nous avons jeté les bases d’un processus qui nous amène à déclarer aux yeux du monde que désormais, il faudra compter avec nous. 

Ce message s’adresse à qui concrètement ?

Déjà, laissez-moi résumer le message. Ce que nous disons, c’est que nous ne voulons plus des régimes qui ne doivent leur existence qu’à la violation des Constitutions. Nous ne voulons plus de la mal-gouvernance comme principe républicain en Afrique. Nous ne voulons plus de la soumission de nos États à des puissances prédatrices. Nous voulons désormais positiver en montrant la dynamique de la jeunesse africaine. Enfin, nous voulons réhabiliter une culture authentique de l’Afrique et ne plus laisser que nos sociétés soient permissives à tout ce vient de l’occident. C’est ce qui va permettre au continent de se positionner au 21ème siècle comme une partie prenante de la mondialisation qui apporte sa part de spécificité au patrimoine civilisationnel de l’humanité.

Pour revenir à votre question, nous avons fait une déclaration commune au cours de notre manifestation de samedi. Et dans celle-ci, nous avons salué le peuple malien et nous leur avons exprimé notre soutien par rapport à ce qu’ils sont en train de faire. Et en faisant cela, nous nous adressions à tous les peuples qui se lèvent en Afrique aujourd’hui. C’est-à-dire ceux qui se battent pour leur souveraineté et rejettent désormais la tutelle de l’Occident. Notre message s’adresse avant tout à ceux-là mêmes qui luttent sur le terrain. 

Ensuite, notre message est une interpellation de mise en garde des organisations et des forces qui agissent dans le sens d’empêcher l’aboutissement des aspirations des peuples africains. Dans le cas du Mali et de tous les pays de la zone sahélienne qui sont en ébullition, il s’agite de la Cédéao qui est devenue, au fil de l’histoire, une institution qui s’est écartée de ses missions originelles qui étaient l’intégration sous-régionale, et qui est devenue une officine au service de quelques dirigeants en mal de légitimité et pas des peuples. À l’endroit donc de la Cédéao, nous avons travaillé sur un mémorandum qui va leur être envoyé dans un avenir très proche. 

Et au-delà de la Cédéao, il y a l’Union Africaine, l’Union Européenne, mais également la France officielle qui continue d’entretenir la Françafrique, malgré toutes les déclarations qui prononcent la mort de cette organisation mafieuse. À cette dernière, nous disons qu’il est temps de sortir du paradigme gaullien qu’aucun dirigeant français n’a été capable de dépasser jusqu’à ce jour. Nous disons clairement au président Emmanuel Macron que la déstabilisation de l’Afrique, c’est aussi une affaire intérieure de la France et qu’il va falloir changer ce logiciel. Le schéma colonial ne peut plus perdurer. Le Franc CFA, les bases militaires, le fait même de susciter des mouvements djihadistes et terroristes au Mali ou ailleurs pour déstabiliser les États… Tout ça n’est plus acceptable.

Comme vous pouvez le comprendre, notre message s’adresse à plusieurs interlocuteurs : la jeunesse, les femmes, les peuples qui se battent en Afrique ; les institutions qui sortent de leur rôle en devenant des entraves aux droits et libertés et au développement de l’Afrique ; les puissances qui, pour s’accaparer les richesses africaines, gênent l’essor des peuples et des pays africains. Nous disons à toutes ces puissances que la jeunesse africaine est debout pour renverser la table de la conférence de Berlin.

Quels sont vos moyens de pression pour faire aboutir tout ce que vous dites ? 

Je puis vous assurer d’une chose, nous n’allons pas nous contenter des manifestations à la Bastille ou à la Place de la République. En lien avec les forces organisées sur le continent, nous nous positionnons comme des ambassadeurs de l’Afrique. Nous serons aux côtés des peuples pour défendre leurs intérêts. Il n’est pas exclus qu’un jour nous arrivions au FMI, à la Banque mondiale pour leur montrer à quel point leurs politiques sont mortifères pour nos pays. Tout ce travail est en gestation et commencera à livrer ses résultats dans les semaines, les mois à venir. Nous le faisons en collaboration avec diverses forces vives des pays africains. Nous avons des personnes ressources qui sont aguerris dans la constitution des dossiers, dans les plaidoyers, bref… L’avenir nous dira.

Une chose a été remarquable tout de même, c’est le silence de la presse française qui a totalement snobé votre manifestation, alors que vous avez réuni un peu plus de 2000 âmes à la Bastille et sur la Place de la République. Vous ne pensez pas que c’est un signe d’indifférence par rapport à votre action ?

Cela ne nous a pas surpris. Vous savez, souvent les médias attendent pour voir si des choses de cette nature ont du sérieux, si ça ne sera pas un feu de pailles. Lorsqu’ils se rendront compte que nous sommes déterminés, ils nous tendront leurs micros. Et ce jour-là arrivera beaucoup plus vite que ne le soupçonnent les uns et les autres. C’est vrai, nous n’avons pas eu de retour de la part de RFI qui, pourtant, revendique une position de média majeur dans le traitement de l’actualité africaine. Mais nous avons bon espoir que tout ça va changer bientôt. Parce que les journalistes ne resteront pas toujours indifférents si nous parvenons à créer l’événement. 

Cela dit, les réseaux sociaux fonctionnent très bien aussi. Et il y a aussi des sites d’information comme le vôtre qui assurent très bien le relai. Je puis vous garantir qu’à Yaoundé, Libreville, Bamako, Abidjan et même à l’Élysée, ils ont vu ce qui a été fait.  

« Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie » (Albert Londres).

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