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Analyse

[Le Comité de rédaction] Bénin : Le double feu qui consume le régime Talon

Les mécontentements, les grognes et les plaintes contre le régime en place s’engrangent et mettent à mal Patrice Talon. En rendant coutumières pour les Béninois des expressions comme « suppression », « suspension », « rupture », « limogeage », « répressions sanglantes », « exil », « condamnation » … depuis 2016, le pouvoir de Cotonou n’a visiblement pas eu le temps de s’occuper de son Programme d’action. Sous la scie des décrets, des arrêtés, des notes de services et des lois, tout est concassé : le climat politique, l’économie, la cohésion sociale… Une remise en cause de l’ancien régime dont le dessein apparent semble être « l’anti-yayisme » prend des proportions alarmantes. Et maintenant, il est plus que difficile de colmater les brèches, à 8 mois de la prochaine présidentielle.

Pénible atterrissage pour Patrice Talon et son gouvernement. Au plus bas dans l’opinion, impopulaire et très mal en point au sein du Bloc Républicain à l’Assemblée nationale, le régime recherche ses appuis. Mais les difficultés du régime semblent traduire un mal-être des populations face à l’espoir déçu que celui-ci incarne désormais aux yeux des Béninois. Loin de combler les attentes nourries, des intérêts sont touchés, des emplois perdus, les conditions d’existence plus dures à vivre. Et c’est vraisemblablement là où le bât blesse.

Élu dans un environnement où les légitimes attentes du peuple sont nombreuses, Talon a voulu aller très vite et très loin. Seulement, les mesures qui sont prises pour répondre à l’appel des Béninois sont diversement appréciées et ont même créé, pour la plupart, de grandes frustrations. Aucun corps de métier n’est épargné. Le pouvoir a supprimé des emplois en liquidant plusieurs structures dans le domaine agricole en novembre 2016.

Ces emplois perdus s’élevaient déjà à 3000 selon Pascal Todjinou, ancien secrétaire général de la Confédération générale des Travailleurs du Bénin (CGTB). Dans le secteur privé, notamment à Comon SA et Oryx, ainsi que dans d’autres structures intervenant dans le domaine du transport maritime. Du fait des réformes portuaires, les emplois perdus s’élèvent aussi à des milliers. Les parcs de vente de véhicules d’occasions, ont aussi connu  une baisse de leurs activités. Les principaux promoteurs de ces parcs qui sont des Libanais, ont préféré fermer baraques, laissant des milliers de jeunes sans emplois.

Les derniers à lever le ton pour exprimer leur désapprobation avant d’être définitivement muselés sont les policiers. Ils ont fustigé « le retrait de certains décrets d’application de la loi 2015-20 du 19 juin 2015, signés par le dernier gouvernement du régime défunt, notamment le 17 mars 2016 ». La composition de la commission chargée des réformes politiques et institutionnelles, la décision gouvernementale pour le changement des gardes du corps des députés et autres, sont autant de sujets qui ont suscité des réactions de frustration. Et l’on parle même d’une lutte contre le « yayisme » en filigrane.

Duel à distance ?

Le changement démocratique du pouvoir intervenu au Bénin le 06 avril 2016 semble singulièrement déroger à l’idéal des réformes humanistes qui garantissent au peuple le pain et la paix. Le gouvernement Talon s’est appliqué à dessoucher tout ce qui hume Yayi. Le nettoyage au Karcher sur fond de doxa dans l’administration publique, le régime d’austérité sous prétexte de réduction du train de vie de l’Etat, le saccage de certains corps de métiers…révèlent comme une volonté de tuer « le yayisme » vaille que vaille.

C’est une curieuse expérience que le Bénin vit depuis 2016. Le « prince » qui a épousé la République le 20 mars 2016 a un pedigree atypique. Les épisodes ayant précédé son accession au pouvoir demeurent vivaces dans l’esprit du peuple. Un bien pour un mal, ses démêlées politico-financières sur fond « d’inimitié profonde » avec l’ancien Homme Fort de Cotonou, ont fini par le justifier au sein de l’opinion et le propulser vers le saint graal présidentiel.

Cependant, les grabuges et les écarts verbaux enregistrés   entre les deux hommes pendant la campagne électorale ne sont toujours pas dissipés sous « le fair-play » démocratique. Des accolades du Palais de la Marina aux pourparlers d’Abidjan du 18 avril 2016, rien n’a pu assurer le « cessez-le-feu » entre le Président Patrice Talon et son prédécesseur Boni Yayi. L’ire des partisans de « la Rupture » après la médiation de Faure Gnassingbé et d’Alassane Dramane Ouattara a contraint le chef de l’Etat à assener des rectificatifs cinglants dans les colonnes du journal Français Le Monde contre « le mal Boni Yayi ». C’était en mai 2016. La rixe appréhendée aura donc lieu. Et celle-ci connaissait déjà ses premiers effets : les suspensions des cadres, la rupture des contrats, l’abrogation de décrets et arrêtés, etc. Depuis son premier Conseil des ministres du 13 avril 2016, les actes et décisions équivoques et autres sujets à controverse sont légions.

L’impatience des Béninois

Porté au pouvoir par un vent d’espoir du peuple, Patrice Talon semblait pourtant bien avoir conscience des attentes et de l’immensité de sa tâche. Au soir du 06 avril 2016, il a donc dévoilé l’équipe qui devait l’aider à conduire sa politique de gestion en vue de répondre aux besoins pressants des Béninois. Le chantre du Nouveau Départ voulait aller vite, très vite. Avec son gouvernement, ils se sont donc attelés à régler les questions qui leur paraissaient les plus préjudicielles. Secteur par secteur, l’accent sera mis sur la réduction du train de vie de l’Etat, pour une gestion plus rationnelle des ressources nationales. Pour faire les omelettes dont le peuple avait besoin, Talon se devait donc de casser des œufs.

Dans la foulée, d’importantes décisions sont prises, pour inverser la tendance et asseoir le système Talon, afin de dérouler les réformes annoncées lors des campagnes présidentielles. Seulement, le Nouveau Départ est pris dans l’engrenage de l’impatience des Béninois qui n’en peuvent plus d’attendre. Mais, entre la satisfaction des besoins et l’espoir du 20 mars 2016, il y avait un chemin à parcourir, des réformes à faire. Malheureusement, le pouvoir qui devrait agir avait à régler la phobie de Boni Yayi.

Tuer le yayisme

En finir avec l’hydre et ses avatars : tuer le yayisme en un mot. C’est le souhait intime qui s’exonde de toutes les réformes annoncées par le régime de la Rupture. Le Nouveau départ veut célébrer le requiem de la marque d’un Président qu’on juge despote, exubérant, maladroit, hyperactif, ultra-médiatique, bref… trop « Fort » 

Patrice Talon s’affiche à contrario de Boni Yayi. Toutes vertus de ce régime devront être à l’opposé du précédent. C’est l’éternelle lutte du bien contre le mal. Des fantassins justifient cette marque par des néologismes dont la vacuité dénote d’une absence certaine de méthode mais, au moins, révèle un objectif : Tuer le Yayisme. Et ce fut là le piège : comment tuer une pieuvre dont les tentacules se retrouvent dans le gouvernement Talon ? 

Dans la foulée, le système partisan est revu. Les lois électorales, jugées exclusives par l’opposition et la société civile, sont votées et l’opposition n’a pas pu participer aux élections législatives d’avril 2019. Le 28 avril Boni Yayi va dénoncer « un coup d’Etat électoral » et sera par la suite assigné à résidence chez lui, à Cadjèhoun (Cotonou) pendant plus d’un mois, à compter du 1er mai.

Yayi ne courbe pas l’échine

De son côté, l’ancien Président ne semble visiblement pas désarmé. La presse charrie régulièrement ses « bouts de phrase » explosifs et contentieux. « Boni Yayi, roi déchu, mais roi, tout de même », renchérit un de ses affidés. La reconversion du président septuagénaire ne se fera pas loin du Landerneau politique. Son activisme prend corps peu à peu, même si ses tentatives de possession des députés sont finalement restées infructueuses. Son Parti Fcbe, qu’il finira par quitter en avril 2020, n’aura pas résisté aux assauts du pouvoir en place.

Cependant, Yayi dispose tout de même d’un réseau de partisans encore fidèles, notamment dans les milieux évangéliques et dans le nord du Bénin. L’antiyayisme viscéral dont ont fait preuve Patrice Talon et son gouvernement, a précipité dans les bras du taureau de Tchaourou les déçus du “Nouveau départ“. Ces derniers jours, on annonce au Bénin la création du « plus grand parti d’opposition ». Celui-ci, placé sous la coupole des anciens présidents du Bénin encore en vie (Boni Yayi et Nicéphore Dieudonné Soglo), sera dénommé « Les Démocrates ». Et ceci pourrait relancer la lutte. Talon n’est pas au bout de ses peines.

Nous couvrons tous ces sujets avec professionnalisme et objectivité parce que nous croyons que la vérité et les faits existent et doivent être mis en évidence, répétés et défendus. C’est cela notre credo et celui de tous nos collaborateurs.

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